May 21, 2005

Faut-il modérer les blogs des journaux?

Le Ventura County Star, un journal local américain, a décidé mercredi dernier de ne plus permettre les commentaires en direct -- non filtrés -- sur son forum. Motif, selon le journal, l'apparition de propos haineux et racistes: "Very quickly, race become the common theme on many of the topic threads. Whether it was a school award or a crime, it seemed that the comments quickly devolved into a discussion of race and immigration."

Le journal a donc décidé de filtrer (modérer) les commentaires sur son blog. Les réactions ne se sont pas faites attendre:
- "You sold out. This was the best feature of your otherwise dull, boring online version of your rag. Sure it got nasty but it was real! (…) Shame on you." (Adnerb)
- "It's sad that because of a little disagreement between a few bad apples you terminate cool functionality for everyone." (Bob Bessares)

Et l'un des commentaires anonymes de dire: "Another sign that media coverage is out of whack with ordinary people's concerns and beliefs."

Comme lui, pensez-vous que les media sont de plus en plus loins des préocupations quotidiennes de leur audience? D'après-vous, faut-il modérer les blogs des journaux?

2 comments:

  1. Francis Plourde5:15 AM

    Est-ce qu’arrêter de permettre à M. et Mme Tout Le Monde, de façon anonyme, d’écrire des messages haineux et racistes est démontrer qu’on est de plus en plus loin des préoccupations de ses lecteurs ? Je ne crois pas.

    Cela dit, je n’ai pas lu les commentaires auxquels fait référence le Journal (ils ont été enlevés), je ne peux pas juger, mais les personnes responsables ont donné des raisons logiques, et la plupart des commentaires (à part ceux que vous avez cités) semblent appuyer l’idée ou du moins dénoncer le droit de dire n’importe quoi. Alors j’écris ce commentaire en prenant compte que ça dépassait vraiment les limites.

    La direction du journal amène toutefois un point important pour justifier l’arrêt des commentaires directs (et pas l’arrêt des commentaires) : l’anonymat des «commentateurs».

    Car oui, les commentaires que vous mentionnez sont écrits de façon anonyme ou encore par un certain Adnerb (drôle de nom). Je ne dis pas que leurs commentaires n’avaient pas leur place, mais je crois seulement qu’ils donnent raison au journal en refusant de révéler leur identité.

    Car chroniqueurs, journalistes, éditorialistes et même M. Jos Blow qui écrivent dans le journal doivent l’écrire, eux. Me semble que c’est plutôt logique… Avec le droit de parole vient aussi la responsabilité de se présenter. Me semble que c’est pas très fair play d’envoyer un char de marde sans avoir le courage – ou la décence – de donner son nom. Est-ce que cette règle devrait changer avec les blogues ?

    Apparemment, oui, si on regarde la plupart des commentaires écrits sur différents blogues. Les noms sont Étoile, Robineux, Pierrot, Roger B…. Aussi bien dire que c’est anonyme. Dans le blogue d’un individu quelconque, je m’en fous, il peuvent bien s’appeler comme ils veulent, mais dans le blogue d’un journal, désolé, mais c’est essentiel.

    Est-ce que c’est de la censure ? Si on prend compte que les lettres d’opinion des journaux sont filtrées pour ne publier que les lettres les plus pertinentes (et du même coup s’assurer que la personne s’est identifiée), si des appels radio sont aussi vérifiés avant d’entrer en onde, pourquoi est-ce que les blogues devraient éviter ce traitement ? Est-ce que des plaintes à la censure ont déjà été faites concernant les lettres d’opinion dans un journal (j’aimerais bien savoir, pour pouvoir comparer) ?

    S’ils veulent éviter de modérer les blogues et pouvoir permettre une liberté d’expression à leurs commentateurs, les journaux devront trouver un moyen de s’assurer que ceux-ci doivent décliner leur véritable identité. Là, les commentaires haineux/racistes commenceront à diminuer. Est-ce que quelqu’un sait s’il existe déjà des moyens pour le faire ?

    En passant, même sur ce blogue, nom et page web sont facultatifs. Évidemment, faut pas être de mauvaise foi et faire confiance un peu à la bonne foi des gens, mais tout de même...

    Francis Plourde (qui écrit son vrai nom)

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  2. Je suis complètement d'accord avec Francis Plourde.

    D'ailleurs, le Conseil de presse dont je fais partie, a décidé de recevoir également les plaintes du public concernant le cyberjournalisme (nous préférons ce terme à blog ou tout autre...)

    Le problème, c'est que nous n'avons juridiction que sur les "entreprises de presse".

    En un mot, le Conseil (organisme tripartite formé de 7 représentants, nommés par des entreprises de presse (télé, radio et presse écrite, quotidenne comme hebdos), 7 des journalistes (choisis par la Fédération professionnelle des journalistes), ces représentants des médias et des entreprises sont des "délégués", donc peuvent être privés de leur mandat par les mandataires au besoin. Sinon, ils sont choisis pour deux ans, maximum 3 mandats (6 ans). Enfin 7 membres sont choisis pour représenter le public également pour deux ans (maximum 3 mandats selon un processus de sélection assez compliqué.

    Donc le Conseil peut juger les plaintes concernant les sites Internet des journaux, ainsi que les sites de gens qui offrent de l'information (ou affirment faire du journalisme) mais pas les commentaires privés.

    Ce qui selon moi est insuffisant, puisque de plus en plus de gens vont chercher leur information (vraie ou fausse) sur l'Internet.

    On présente les blogs (en fait tout l'Internet) comme une victoire de démocratisation, un progrès pour la liberté d'expression.

    C'est vrai et faux. Vrai si cela ne sert pas à répandre des préjugés, la haine, le racisme, le sexisme, la pornographie , le mensonge ou la propagande.

    Malheureusement, c'est souvent le cas.

    Si les lecteurs, auditeurs, téléspecatateurs se plaignent (souvent avec raison) du manque d'éthique (ou du sensationnalisme) de trop de journalistes et de médias et exigent de meilleurs codes d'éthique et des mécanismes de plainte avec des dents (conseils de presse, ombudsman, voir le texte de Marc-François Bernier aillelurs sur ce blog), faut donc que ce même public réalise que IL NE SAURAIT Y AVOIR DE LIBERTÉ SANS RESPONSABILITÉ.

    Surtout si un blog est publié par un journal. Je m'étonne d'ailleurs que l'on permette sur des blogs de journaux l'anonymat ou les pseudonymes.

    Pour la bonne raison que dans la plupart des journaux sérieux, on exige le nom des gens qui signent des "lettres aux lecteurs" (de même que leur adresse, leur numéro de téléphone).

    Non seulement, donc, ne doit-on pas donc s'étonner ou s'indigner qu'un journal filtre les opinions sur son blog ou dans son courrier des lecteurs (pour l'écrit), mais on devrait s'indigner ou s'étonner qu'un journal laisse passer n'importe quoi.

    LIBERTÉ D'EXPRESSION, j'en suis...

    MAIS NON AU RACISME, A LA HAINE, A LA MÉDISANCE ET LA CALOMNIE, AU MENSONGE (PROUVÉ BIEN SUR), A LA PORNOGRAPHIE, ET A LA PROPAGANDE ÉHONTÉE (A NE PAS CONFONDRE AVEC OPINION TOUTEFOIS...)

    C'est pourquoi j'espère que Jeff Mignon ou quelqu'un d'autre s'en chargera ici, pour pas que ce blog, parti sur des bases sérieuses, vire à la foire d'empoigne.

    Et j'approuve M. Plourde. Vous ne devriez pas, Jeff, permette les commentaires anonymes ou de pseudonymes.

    M. Plourde signe son nom, vous aussi, moi aussi. Alors qu'est-ce qui peut justifier quelqu'un d'avoir peur de signer son nom et d'assumer ses responsabilités?

    Sinon Média Café risque de subir le sort de la Journa-liste, de Coin media, et d'autres forums journalistiques bien connus au Québec où, parce qu'on y a permis n'importe quoi, les gens se sont lassés et n'écrivent plus.

    Pierre Vennat
    journaliste professionnel depuis 46 ans et membre du Conseil de presse du Québec en tant que l'un des représentants de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

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