Aug 19, 2005

Vivons-nous la fin de l'information mass-media?

La presse nationale comme régionale, qu'elle soit sous une forme papier, radio ou télé, part du postulat suivant : il existe des intérêts communs. Intérêts qui justifient l'existence d'une information commune, une information mass-média. Je ne tiens pas ici à discuter de la nécessité ou de la justesse d'une presse mass-média mais plutôt de la réalité des intérêts communs.

Pour ma part, je crois qu'il existe des intérêts communs mais qu'il sont, dans l'ordre de nos priorités personnelles, bien loin derrière nos intérêts particuliers. Les deux existent en nous. Mais nos intérêts particuliers dominent nos intérêts communs.

Si la presse a été mass-média jusqu'à maintenant c'est, à bien y réfléchir, plus par limitation technologique que par goût, comme l'explique Vin Crosbie, consultant média Américain, dans son blog: "Parce qu'un rédacteur en chef ne peut produire qu'une seule édition pour l'ensemble de ses lecteurs, il doit choisir les sujets de telle sorte à satisfaire leurs intérêts communs."

Nous avons tous fini par croire que la structure des médias était dûe à la nécessité de satisfaire ces intérêts communs. Au lieu de réaliser, que nous n'avions pas, en fait, vraiment d'autre choix économique.

Aujourd'hui, le choix existe. Les nouvelles technologies -- internet -- nous offrent la possibilité d'accéder à un mélange de contenus qui satisfait à la fois nos intérêts communs et particuliers. C'est pour moi l'un des génies du web : vous êtes certains d'y trouver quelque chose qui satisfera vos besoins en information. Ce n'est pas le cas des autres médias.

Qui plus est, internet met à notre disposition une série d'outils qui permettent à chacun de construire son propre média. En d'autres termes, de créer une "publication" personnalisée. Le génie de Yahoo! et de Google, c'est d'avoir compris cela avant tout le monde. L'audience est au rendez-vous.

Cette personnalisation ne fait que commencer. Il est clair qu'elle est une menace pour le mass-média. Il est aussi clair que le pouvoir de l'information est en train de passer des mains des journalistes aux mains de l'audience. Il est surtout clair que l'idée qu'un seul produit puisse satisfaire les goûts de tous est à oublier. Il s'agit dorénavant de satisfaire le mélange de goûts particuliers et communs de chacun d'entre nous. Voilà le grand défi auquel les médias doivent faire face. L'avenir nous dira si c'est pour le meilleur ou pour le pire.

2 comments:

  1. À mon avis, les mass médias et les "nouveaux médias" tels qu'Internet peuvent coexister encore assez longtemps. Il est vrai que les consommateurs, notamment les jeunes, se tournent surtout vers Internet. Il est vrai aussi que les médias en papier sont en chute libre.

    Néanmoins, on se rend compte en faisant la tournée des blogs, par exemple, que la plupart des sujets discutés sont "mainstream" et sont souvent initiés par la télévision ou par les mass médias. Les blogs ne font souvent que reprendre les informations existantes sous différents points de vue et opinions.

    De plus, je pense que la plupart des recherchistes et autres travailleurs du monde des médias continuent encore aujourd'hui à utiliser les autres mass-médias comme source première de référence. Autrement dit, quand vous visionnez un reportage à Radio-Canada ou TVA, c'est souvent parce que ce sujet a été pigé dans le New York Times, dans The Economist ou à CNN, et remodelé pour un public différent. L'influence des mass médias est donc encore bien présente.

    Mais je suis d'accord qu'à plus long terme, l'existence, ou du moins la légitimité des mass médias pourra être menacée. Je pense tout de même que le besoin, pour une collectivité, de se référer à un guichet unique d'informations, ne serait-ce que pour discuter des mêmes sujets autour du souper ou au travail, est encore trop présent pour que l'on puisse annoncer la fin des mass-médias.

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  2. Un des besoins les plus fondamentaux, pour ne pas dire fondateurs, de l'être humain est celui de communauté. Sentir qu'il fait partie d'une population donnée avec une culture commune. Or pour renforcer le sentiment de communauté, rien de vaut l'espace public commun offert par un média de masse, que ce soit sur Internet ou dans les pages d'un quotidien national.

    La puissance de la personnalisation des contenus selon les intérêts particuliers de chaque individu n'est pas à négliger, bien sûr. Mais je crois qu'elle se développera en parallèle des médias de masse et non pas en les supplantant.

    P.S. Je trouve votre blog très intéressant!

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