Sep 29, 2005

Le magazine américain Esquire expérience le Wiki

Je découvre sur pointblog, sous la plume de Marc-Olivier Peyer, que le magazine pour homme Esquire va publier dans son édition de novembre un article qui a été conçu collectivement sur Wikipedia. Vous pouvez lire ici (en anglais) l'explication du projet ainsi que l'article finalisé.

Peyer explique :
Le journaliste AJ Jacobs est à l'initiative de ce projet, mené avec le soutien de Jimmy Wales, créateur de Wikipédia. La première version de l'article a été publiée le 20 septembre dernier par AJ Jacobs. Elle contenait plusieurs erreurs intentionnelles "afin que la comparaison avant/après soit plus intéressante". En l'espace de trois jours, l'article a été modifié 532 fois par 75 contributeurs différents.

"[Cette expérience] est absolument fascinante", explique AJ Jacobs. "J'étais scotché à mon ordinateur, rafraîchissant la page toutes les 45 secondes pour découvrir les dernières modifications."

Une expérience qui rejoint notre idée, pour la presse quotidienne, d'avoir le journaliste publiant son info le matin sur le blog. Article qui s'enrichira des questions, des commentaires et des corrections des lecteurs. Et dont, la version finale (attention ! nous ne sommes là pas vraiment dans l'article collectif) paraîtra le lendemain dans le journal.

Vous en dites quoi ?

(Source : Poinblog.com)

3 comments:

  1. Bonjour,

    Pour réagir au dernier paragraphe, que le site serve aux lecteurs à inciter le journaliste à préciser certains points mal ou insuffisament traités au départ de façon à améliorer le lexte imprimé, pourquoi pas, le site servant en quelque sorte de débuggage au texte final imprimé.
    En revanche, donner l'impression au lecteur qu'il participe à la rédaction me parait suicidaire.
    je me vois assez mal acheter quelque chose que j'ai la sensation d'avoir écrit moi-même.

    Donc version finale affinée oui, sans réserve,mais version finale collective (ou qui donnerait la sensation de l'être, ce qui revient au même) cela reviendrait à se tirer une balle de très gros calibre dans le pied.

    Il me semble que l'intérêt de l'imprimé c'est la distanciation, le fait de n'être pas soumis aux aléas du "tout de suite", si on supprime cette distanciation, cet imprimé devient un.. weblog, mais en moins bien puisque payant et lisible en retard.

    La question que vous posez rejoint une autre question qui me parait fondamentale : la presse en ligne doit elle être une version enligne de ce qui se fait sur papier (ce qui est le cas actuellement) ?

    Personnellement je ne le crois pas, pour différentes raisons, la première étant une différence de support. Le papier est par essence monomédia. Je crois que le journalisme "multimedia" reste à inventer et dans ce sens, en dépit de son côté un rien hollywoodien, l'expérience de hotzone est intéressante).
    Le monomedia sur un support (internet) par essence multimédia ne fonctionne pas ou très mal, c'est largement démontré.

    Si le résultat amendé par les lecteurs parait dans l'édition papier c'est que la confusion entre imprimé et "en ligne" est totale.

    Luc

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  2. Luc, l'idée que nous soutenons n'est, en effet, pas un article collectif mais bien ce que vous dites un article enrichi des retours des lecteurs.

    En revanche, nous croyons aussi aux "œuvres collectives", comme par exemple, la mise à la disposition de la technologie Wiki sur des sites de presse quotidienne pour créer qui, un livre de cuisinne local, qui un guide des randonnées, qui un guide des restaurants… les idées ne manquent pas.

    Tout à fait d'accord, aussi, quand à la séparation des deux médias en deux produits distincts… mais complémentaires.

    Et d'accord, enfin, pour dire que la presse fait, trop souvent, du copier-coller du print sur le net et que ça ne fonctionne pas. Aux US, par exemple, le temps passé par un internaute sur un site de quotidien local est de moins de 4 minutes.

    Il y a cinq ans, j'écrivais un article expliquant que le web avait besoin de créer sa propre "grammaire", ses propres genres journalistiques. On ne raconte pas une "histoire" de la même façon en radio, en TV et en print… idem pour le web.

    Aujourd'hui, je crois toujours que cette "grammaire" du web reste à inventer. Nous n'en sommes qu'à la pré-histoire. Et, au fond, c'est une bonne nouvelle.

    Quand à l'œuvre collective (lecteurs-journalistes), elle est expérimentée en Korée (Ohmynews) et aux US (YourHub), par exemple. Les deux expérimentations produisent un site et une version papier. Le public est au rendez-vous et semble apprécier.

    Il y a quelque chose de magique à voir ce que l'on raconte publier.

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  3. Jeff

    Vous l'avez dit "il y a quelque chose de magique à voir publier ce qu'on raconte" et ça c'est une différence fondamentale entre la presse et le reste des supports, électroniques notament.

    Dans le cadre de la presse, ce sentiment de plaisir d'être publié concerne les rubriques de courrier des lecteurs, pas les papiers eux-mêmes.

    C'est la raison pour laquelle je ne crois pas aux wiki de presse (je crois aux wiki, mais pas aux wiki de presse) parce qu'en banalisant le travail de la presse (qui parfois ne mérite pas mieux, mais c'est un autre sujet) ce type d'outil dissoud du coup la raison d'être de la presse : un regard distancié qui est marqué non pas par le "j'y étais, j'en fais partie" ou "c'est moi qui l'ai fait" mais par un "j'ai enquêté là desus et je vous livre les éléments pour comprendre ce qui se passe".

    En version courte, si le lecteur peut faire le travail du journaliste c'est la preuve par l'exemple que le journaliste ne sert à rien.

    Je crois par ailleurs que le succès des blogs, wiki et autres est aussi (pas uniquement, mais à mon avis pour une large part) un symptome plus que l'émergence de quelque chose de nouveau.

    Ce symptome c'est celui d'une déliquescence de la presse qui (en France du moins) ne joue plus (ou ne donne plus la sensation de jouer ce qui revient au même) son rôle.

    Il n'y a que voir le bruit que fait la vague podcast alors qu'au fond elle n'a rien de nouveau ni d'inventif au regard des radios libres d'il y a 15 ans.

    Le lecteur/auditeur/spectateur est en train de découvrir que par la magie d'une baisse des couts du matériel, les moyens de communication de masse sont désormais à sa portée et je crois que l'intérêt de la presse est de se recentrer sur son vrai métier plutôt que de donner dans un jeunisme délétère.

    J'ai conscience de ce que j'écris peut passer pour complètement rétrograde, mais je crois que nous sommes à une croisée des chemins pour la presse, et parfois elle me donne la sensation de se tromper de route.

    Ces aspects délétères de ce mélange des genres sont déjà très palpables (je parle pour la France, je connais mal la situation aux US), ici par la grace des weblogs la confusion entre communication te journalisme est déjà totale.

    Luc

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