May 17, 2005

Les gens lisent-ils plus ou moins qu'il y a 20 ans?

A vrai dire, je n'ai pas les données qui me permettent d'abonder dans un sens ou dans un autre. Mais, ce que nous savons, me laisse à penser qu'ils lisent plus. Qu'est-ce qui me faire dire ça? La fréquentation des sites internets. Car, internet c'est AVANT TOUT de la lecture. Yahoo news a 12.5 millions de visiteurs uniques par semaine, CNN autour d'11 millions… New York Times plus de 400 000. Tout cela fait beaucoup de monde. Et d'après le CS First Boston, l'audience sur internet des 25 plus gros sites de journaux a augmenté de 11,5%.

Une étude toute nouvelle de The Pew Internet and American Life Project nous apprend que 77% des Américains et 66 % des Américaines consultent les news sur internet (tendances basées sur des chiffres 2004, si j'ai bien lu). Ce qui fait de la lecture des news l'activité numéro 1 des Américains sur Internet.

Aux Etats-Unis (mais la tendance est générale dans les pays de l'Ouest), les gens lisent mais ils lisent moins les quotidiens "classiques". C'est en tout cas ce que nous révèlent les derniers chiffres publiés par la NAA et révélés par The Audit Bureau of Circulations. Lors des 6 derniers mois (finissant le 31 mars '05), la diffusion des quotidiens aux USA a baissé de 1,9% en moyenne, soit une perte un peu en-dessous d'un million. Et de 2,5% pour le dimanche, soit une perte de plus de 1,2 millions. Très inquiétant quand même. Imaginez si Coca perdait 1 million de consommateurs en 6 mois?

Reste que 78 millions d'adultes Américains lisent un journal la semaine et 90 millions le week-end. Petite bonne nouvelle, 29 % des journaux ont augmenté leur diffusion sur ces six derniers mois.

Beaucoup plus inquiétant, ce sont les pertes que subissent les gros journaux: - 3,3% en moyenne. Le Chicago Tribune baisse de 6,5% la semaines et de 4,7% le dimanche. Le Los Angeles Times de 6,5 % la semaine et de 7,9 % le dimanche. La record étant le Baltimore Sun avec une plongée de 11,3% la semaine et de 8,5% le dimanche. Le NYT lui augmente de 0,2%.

Au passage l'audience de la TV baisse de 1,8% et celle de la radio stagne.

La tendance au Canada semble suivre celle des USA. Et plus généralement, d'après TD Bank Financial Group, entre 2000 et 2004 la production d'imprimés a baissé de plus de 10% au Canada (22% aux USA). Pour avoir des chiffres sur la diffusion des quotidiens au Canada vous pouvez aller sur le site de la CNA.

Comme vous le faites remarquer aussi Pierre, il y a la presse gratuite. Métro par exemple est entrain (avec ses 56 éditions dans 17 pays -- 78 villes) de devenir, doucement mais surement, le premier quotidien du monde. Son éditeur affirme toucher 15 millions de lecteurs par jour. Qui dit mieux? En Angleterre par exemple, quand en 2003 la diffusion de The Evening Standard baissait de 6% (soit 400 000 exemplaires), celle de de Métro augmentait de 4% (soit 894 000 exemplaires) -- source: DGMT. Loin derrière The Daily Mail et The Mail qui tournaient autour de 2,4 millions en diffusion à cette date.

20 minutes, aussi gratuit, publiés en France, en Espagne et en Suisse, a plus de 2 millions de lecteurs par jours.

En plus ces journaux gratuits touchent une audience jeune, bcq plus jeunes que les quotidiens "traditionnels". D'après l'éditeur de Metro 74% de ses lecteurs ont entre 13 et 49 ans.

Donc entre internet, les journaux gratuits et les journaux "traditionnels", il semble que les gens lisent et plutôt beaucoup. Et, contrairement à la légende, les jeunes lisent aussi. Même les très jeunes. Regardez les succès des journaux pour enfants du groupe Play Bac en France (200 000 abonnés), un pays qui n'est pas réputé pour être au top de la lecture de quotidiens.

En revanche, trois tendances sont à noter:
1- Les gens lisent mais payent de moins en moins la lecture des news. Surtout les jeunes.
2- Les jeunes lisent mais pas les journaux de leurs parents. Bref, la presse quotidienne traditionnelle (comme les news télé) ne fait pas recette chez eux. Et de loin.
3- Quand les lecteurs se tournent vers les news en ligne, ils ne vont pas en majorité sur les sites des organisations de presse.

En effet, pour la consultation des news sur internet, la NAA nous dit que 29% des lecteurs de news vont sur les sites des journaux. Ce qui veut dire que le reste, 71%, va ailleurs.

Et c'est ça qu'il nous faut comprendre. Pourquoi, le premier site consulté pour les news est Yahoo news et pas le New York Times (je prends pour exemple le NYT, pas pour dire qu'il est le meilleur journal du monde)?

Beaucoup de gens veulent des news, MEME LES JEUNES, pourquoi ne vont-ils pas sur les sites des journaux? Le rapport de la Carnegie Fundation nous donne un début de réponse. Les journaux sont vus comme compliqués à utiliser et comme une source d'informations moins fiable que d'autres.

Il semble donc, comme le dit l'observateur des medias et ancien chroniqueur, Alan Mutter, que cette perception négative de la presse écrite affecte ("infecte" s'amuse-t-il) ses sites.

Au fond, qu'est-ce qui a vraiment changé dans la pratique du journalisme depuis 100 ans? Plus de couleurs et plus d'images… Les journaux sont toujours (de plus en plus?) aussi "journalists centric". Ne devraient-ils pas être enfin "readers centric"? Qu'en dites-vous?

5 comments:

  1. J'avoue que ces statistiques me laissent un peu perplexe. D'autant que mon journal (ou ex-journal, j'y ai passé 43 ans de ma vie comme "journaliste permanent" et bien que je sois officiellement retraité, j'y ai passé encore 8 heures, lundi dernier, 16 mai), La Presse, de Montréal, affirme qu'il a connu la progression la plus considérable de tous les quotidiens du Canada depuis deux ans.

    Ce qui m'intéresse, en tant que journaliste, c'est non pas tant si les gens lisent plus ou moins, s'ils regardent plus ou moins la télé ou s'ils écoutent davantage la radio.

    Ce qui m'intéresse, c'est de savoir si les gens s'informent plus ou moins, s'ils consomment davantage d'informations (au sens socio-politique du mot, bref non seulement ce qui se passe dans leur parlement (national, fédéral, d'État, provincial), leur hôtel de ville, leur commission scolaire, leurs hôpitaux, ce qui touche leur santé, leur éducation, leur vie de quartier, leur environnement, leurs emplois, etc. Bref ce qu'on considère, en milieu journalistique, de l'information.

    Je n'ai pas d'objection à ce qu'ils consultent également les médias pour savoir la météo, les résultats sportifs, les événements culturels ou les spectacles. Ni qu'ils lisent les critiques de cinéma, de musique, de livres, etc.

    Mais je ne suis pas certain (en fait je suis pas certain du tout) que le temps passé à la télé à regarder du cinéma ou des émissions de variété est significatif, que cela augmente ou diminue. Idem pour la radio "musicale" en auto, en faisant son jogging ou autrement.

    Quant aux journaux, magazine ou autres, peut-on dire que le temps passé à remplir des mots croisés, des mots mystères, lire les bandes illustrées, regarder les photos plus ou moins pornos de bien des magazines, lire les derniers potins (dont la vérité est plus que douteuse) sur les gens du cinéma , les chanteurs de rock, etc. est vraiment de l'information. Et devrait être comptabilisé dans ce qui nous concerne.

    Je vais même plus loin. Étant moi-même l'auteur de 10 ouvrages d'histoire depuis 1991 et appelé à fréquenter les salons et foires du livre (j'ai eu le privilège d'être envoyé à la foire du Francfort (Allemagne), au Salon du livre de Paris et à la foire du livre de Brive (France) en plus des grands salons du Québec (Montréal, Québec et Gatineau-Hull), j'ai été surpris au contact des écrivains et des gens de la "littérature" que ces gens qui écrivent et lisent s'intéressent peu (pour la plupart) à l'information.
    A l'information sous toutes ses formes (y compris la consultation de l'Internet, du moins pour s'informer...)
    Comme s'ils vivaient sur une autre planète où seule la poésie et le roman (bref le rêve ou la Littérature avec une majuscule comptait).
    Comme si l'actualité (l'événementiel) n'était que superficiel.
    Par ailleurs, même chez les "lecteurs de livre", il y a tout un monde qui sépare le lecteur de "littérature", celui de l'essai (biographies, essais socio-politiques, mémoires, etc, qui eux s'intéressent davantage à l'actualité socio-politiqiue) et ceux qui lisent des "livres utiles" (guides de cuisine, de vie personnelle, guides de vin, de l'automobile, de jardinage, etc.)
    Or à ma connaissance, les statistiques nous renseignent peu là-dessus, car ils ne font pas le tri.
    Bref, la seule statistique qui m'intéresserait de savoir de façon sûre, c'est:
    1-Les gens s'intéressent-ils davantage à l'information socio-politique (l'information significative: ce qui se passe dans la société et le monde autour de soi et ailleurs...) qu'avant?
    2-Qu'est-ce qui les intéresse dans cette information (la vie parlementaire, l'information internationale, l'environnement, la santé, l'éducation?)
    3-Où se procurent-ils cette information?
    4-Et surtout qu'en retiennent-ils pour voir le degré d'authenticité de ce qu'ils ont retenu et le côté opinion ou commentaire ou préjugé, ou démagogie ou propagande.

    Mais ces statistiques existent-elles.

    En tout cas, mon cher Jeff (et ceux qui voudraient commenter), c'est ce qui m'intéresse.

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  2. Nathalie Dyke8:11 PM

    Pierre,

    L'Observatoire de la culture et des communications du Québec publie de très intéressantes données sur les sujets dont vous parlez ici. Allez voir le bulletin Statistiques en bref, février 05, à l'adresse suivante:
    www.stat.gouv.qc.ca/observatoire/publicat_obs/pdf/StatbrefNo10.pdf

    Autrement, votre propre quotidien La Presse a des catalogues complets de données statistiques hyper détaillées sur ce qui est lu dans le journal. Le Journal de Montréal, idem. Le Devoir, de plus en plus, mais n'a pas les moyens de faire l'exercice aussi souvent. Mais il est en plein dedans en ce moment. La semaine dernière Léger Marketing m'a fait parvenir un questionnaire aussi hyper détaillé sur mes préférences comme abonnée du Devoir. On me demandait des questions sur chacun des journalistes, sur tous les sujets, etc.!

    Ce qui serait génial, évidemment, c'est que les directions de l'information soient transparentes sur le sujet. On peut rêver longtemps encore. Tout est affaire de marketing et de concurrence.

    Amitiés,

    Nathalie Dyke

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  3. Oui bien sûr, je sais que les départements de marketing des jouranux savent ce qui est lu ou pas (on a déjà fait, à la presse, sauter mes chroniques "pages d'histoire pour cela" parce que les gens, dit-on, ne s'intéressaient pas assez à l'histoire.

    et on sait que à la télé c'est encore plus cruel... tu "pognes" ou tu "sautes"...

    Mais on sait pas ce que les gens "retiennent". Ce qu'ils ont compris, retenu. S'ils lisent (comme les Français qui achètent (ou achetaient) L'Humanité, La Croix, Le Figaro ou le Monde, pour se conforter dans leurs opinions (le chrétien lisant la croix, le gars de droite le Figaro, le communiste l'Humanité et le socialiste modéré le Monde ou Libération) ou pour s'informer vraiment (et avoir le point de vue de l'autre...)

    Et surtout on ne fait pas l'équation entre "lecteur" et "avide d'information".

    Le lecteur boulimique (de livres) lit-il les journaux? Le lecteur boulimique de journaux consomme-t-il davantage les émissions d'information (surtout d'affaires publiques) que les autres?

    La personne qui lit beaucoup (de livres), qui lit dans le métro (ou le train de banlieue) le fait-elle aux dépens de l'information (pendant qu'elle lit son roman, elle ne lit pas de journaux)?

    Ce sont des questions qui m'intéressent.

    Cela dit, Nathalie, ça fait plaisir de vous lire sur ce nouveau site que Jeff Mignon met à notre disposition.

    Pierre Vennat

    Reste que, comme vous le dites,

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  4. Anonymous8:42 PM

    Pierre,

    Merci pour vos bons mots.

    Concernant la très intéressante question de la réception de l'information et de sa rétention, un chercheur français et ancien journaliste, Bertrand Labasse, a déjà beaucoup écrit sur le sujet - les Américains davantage, mais je n'ai pas les références en tête.

    Vous trouverez au site suivant (au titre un peu pompeux L'Observatoire des élites !!), un texte à propos intitulé "Comment les citoyens reçoivent et analysent l'information": lecordelier.com/index.php?action=article&id_article=13781&id_rubrique=1025.

    Matière à débat.

    Nathalie Dyke

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  5. Dernière intervention en ce qui me concerne sur cette question.

    Je suis allé voir sur l'Observatoire des élites (quel nom pompeux!...)

    Voici ce qui en ressort, et j'avoue que c'est bien peu:

    1-Il est difficile de savoir quelle part revient aux médias et quelle part au citoyen dans la réception et la compréhension de l'information et l'utilisation de celles-ci.

    2-Le milieu journalistique ne se soucie guère de connaître la manière dont son public reçoit l'appel. Les responsables des médias n'ont pas intérêt à savoir ce que leur public comprend mais seulement si le message est bien reçu ou pas, bref se rend à l'utilisateur. En un mot, on veut savoir si le public nous lit (nous écoute, nous regarde) mais pas ce qu'il a retenu de ce qu'il a lu, écouté ou regardé.

    La vraie questin est donc de savoir comment intéresser les gens à l'acquisition de connaissances, si l'on part du principe que les médias sont une des seules sources de connaissance à la disposition des citooyens une fois sorti de l'école.

    La question est donc de savoir si les médias veulent que la société soit vraiment plus éclairée, s'ils sont prêts à faire un effort pour l'éduquer, ou pas. Et bien sûr, on doit trouver un moyen d'atteindre ceux qui ne sont pas de bons élèves.

    Enfin, on note en lisant les tables rondes que cet "observatoire de l'élite" a tenu que les hommes de marketing sont réticents à parager l'informatin dont ils disposent sur le lectorat.

    Sans doute parce que dans le fond, les médias ne servent pas tant à informer (encore moins à former) les gens qu'à "vendre des lecteurs" (des auditeurs, des téléspectateurs) aux annonceurs.

    Constat un peu déprimant.

    Pierre vennat

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