Dec 20, 2005

Des publireportages déguisés en enquêtes à Ouest-France

D'après Libé (lire ici), Ouest-France, premier quotidien français en terme de diffusion, aurait "maquillé des publireportages en enquêtes". Les articles, publiés du 15 octobre au 19 novembre, portent sur "la Bretagne face à ses démons". Ils auraient été commandés et payés par la préfecture de région.

"Nulle part en effet, dans ces quatre demi-pages qui se présentaient comme un travail journalistique ordinaire ne figurait la mention «publicité» ou «publireportage»", explique Pierre-Henri Allain, dans Libé. "Seul indice de la supercherie : le logo de la préfecture, bizarrement inscrit en bas à droite de chaque sujet et livré au lecteur sans aucune explication."

Je ne vous cache pas mon étonnement de telles pratiques au sein de Ouest-France. D'autant plus que, toujours d'après Libé, le quotidien de l'Ouest reconnaît avoir touché un chèque pour ces articles. Elles portent, à mon avis, un coup à la crédibilité du premier quotidien régional français. Et surtout, démontre le peu de cas que la direction fait de ses lecteurs.

Qu'en dites-vous ?

4 comments:

  1. Anonymous11:16 AM

    Ce que je constate, c'est que le grand public ne sait pas toujours faire la différence entre publi-reportage et article. Surtout la plupart s'en fout royalement. Par contre, une telle supercherie dérange la concurrence car les journaux sont dans la m*** en ce moment et plutôt que d'attaquer, il faut repenser le journalisme. Le monde évolue.

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  2. Anonymous11:41 AM

    Le phénomène n'est pas nouveau. Les suppléments emplois des titres de PQR sont truffés de papiers complaisants (positifs comme on dit dans les rédactions) sur les entreprises. Il faut repenser les méthodes de travail et redonner leur place aux journalistes, qui de nos jours doivent être des moutons à cinq pattes : j'écris, je prends des photos, je mets en page, je fais office de correcteur etc, etc... Le phénomène touche aussi le Web, où l'on demande, dans une logique purement économique, aux journalistes de tout faire. Résultat : le of-line et le on-line, ne sont vraiment plus très séduisants pour les lecteurs.

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  3. Pierre Vennat12:58 PM

    Bien mon cher Jeff, j'ai l'impression que la pratique se répand de plus en plus au Québec, mais sous une autre forme, plus subtile mais pas tellement plus éthique.
    Exemple: on décide de faire un cahier de beaux cadeaux à acheter pour les fêtes.
    Bien que certains journalistes doutent de la place de tels cahiers dans un journal d'information, certains journalistes disent qu'il s'agit "d'information", puisqu'on rend service au consommateur. Qu'on "l'informe" (sur les bons achats, les bons magasins, etc.)
    Sauf que, par hasard, on découvre en lisant que le (la) journaliste ne parle que des produits annoncés. Bien sûr, elle est libre, choisit parmi les quatre ou cinq restaurants dont elle parle celui qui lui plait le plus, parmi les robes ou les gadgets celui qui lui plait le plus. Vrai. Sauf que...
    Sauf que on est gentil envers tous. Bref, on écrira que "pour ceux qui préféreraient manger autre chose" (que le choix du journaliste pour les restaurants et les mets), il y a aussi... Même chose pour les produits. En un mot, "tout le monde il est beau, il est gentil", surtout s'il annonce.
    On fait aussi d'autres cahiers spéciaux.
    On annonce un cahier spécial sur la santé, sur l'alimentation, sur le livre, etc. où oui, le journaliste est libre mais qui ne paraîtra que s'il se rentabilise (ie si les libraires, les marchés d'alimentation, les associations de médecins, d'infirmières, de technologistes médicaux, de pharmaciens et bien sür les hôpitaux, les cliniques médicales, etc. annoncent). Sinon, pas de cahier.
    On ira également interviewer le président de tel gros syndicat de la santé qui annonce (le texte sera vraiment un texte d'information, donc pas trop de propagande) mais on n'interviewra pas celui qui n'annonce pas.
    Cette pratique des cahiers spéciaux (et fort rentables et contenant une forte dose de publicité) est fort répandue.
    Pour protéger la vertu, on laisse (vrai) la rédaction entièrement libre d'y écrire c equ'il veut.
    Mais dans le fond, ils sont commandés par la publicité, pour rentabiliser le journal et l'information n'y est que crémage sur le gateau.
    Souvent, on y trouve de l'excellente information.
    Sauf que... on va consacrer cinq pages d'un cahier spécial à parler d'alimentation et on n'aura que peu de place pour parler ensuite de la famine au niger ou de la guerre civile au liberia, parce que, bien sür, ni les Nigériens ni les Libériens n'annoncent.
    Vous voyez l'astuce?

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  4. Philippe Cauchi10:28 PM

    Monsieur Vennat, vous avez très certainement raison.

    Je rédige une grande partie des Cahiers sur l’industrie aérospatiales au Québec publiés et insérés sur une base quasi-annuelle dans ‘La Presse’.

    Nous faisons exception à la règle du placement publicitaire.

    Les sujets sont choisis en fonction de leur importance et de leur pertinence. Comment faire autrement ….

    D’ailleurs, je couvre toujours longuement Bombardier Aéronautique qui n’a jamais jusqu’ici placer une seule publicité.

    Nous sommes l’exception qui confirme la règle.

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