Mar 23, 2006

Vers une presse à la carte et un paiement au clic ?

"Je ne m'abonnerai sans doute plus jamais à un journal. Qu'il soit sur papier ou sur le net", m'expliquait hier soir une amie, la quarantaine, pourtant grande lectrice devant l'éternel. "Je ne vois pas pourquoi je payerais un abonnement à un journal quand, en fait, je ne suis intéressée que par une seule rubrique." Et d'ajouter, "par exemple, je ne lis que 30 % de mon Marie-Claire. Et je paye pour la totalité. Ridicule. En plus, aujourd'hui, j'ai tout ce que je veux sur le net. À un clic. Et c'est gratuit."

En poussant la conversation, je lui demande : "Tu payerais au clic ?". Elle répond, après réflexion, par l'affirmative : "Si ce n'est pas cher. Que je peux contrôler mes dépenses. Et que je n'ai pas besoin de sortir ma carte de crédit toutes les deux minutes."

Choix, atomisation et gratuité sont, sans aucun doute, parmi les clés de la révolution Internet. Des réalités qui remettent totalement en cause le business model de la presse écrite… comme d'ailleurs celui de la télévision. Tout ça n'est pas nouveau.

Aussi, nous dirigeons-nous vers un service média à la carte, un système de micro-paiement basé sur la consommation d'un service ? J'en ai plusieurs fois parlé sur ce blog. Je pense que c'est un modèle à essayer. Et c'est aussi ce que semble dire John Burke dans un de ses posts sur Editorsweblog : "Adapting to online newspaper readers’ freedom of choice".

Imaginons. Vous êtes Hachette-Filipacchi. Vous avez en portefeuille des centaines de titres spécialisés, ainsi que des quotidiens. Vous créez un site commun à l'ensemble de ces titres que vous appelez : monjournal.com (pas libre). Sur ce site, le consommateur s'enregistre. Crée un compte. Entre un numéro de carte bleue. Fixe un montant maximum de dépenses par mois. Par exemple, 20 euros. Il ne paye rien à l'avance. Il s'agit juste d'une limite de dépenses qu'il ne souhaite pas dépasser.

Ensuite, il "fabrique" en ligne son journal avec les rubriques qu'il décide : l'édito de Paris-Match, les infos régionales de Nice-Matin, la rubrique santé de Elle, etc. Parce qu'enregistré à ce service, il reçoit, en cadeau, les infos géné de l'agence Reuters, AP et AFP. Au menu, textes, vidéos, audios, photos et multimédia.

À chaque fois qu'il consulte son site "à la carte", il accède au titre et premier paragraphe de chaque article quelle que soit sa forme finale. Là, certains sont gratuits, d'autres sont payants. Quand vous cliquez sur les payants, votre compte est débité de 5 cts, par exemple. Indolore. Jusqu'à ce que vous atteigniez les 20 euros mensuels de plafond. À moins que vous décidiez d'augmenter votre crédit, pour ce mois-ci seulement ou pour tous les suivants.

Ou vous lisez l'article à l'écran dans une mise en page HTML. Ou vous le lisez sous sa forme PDF. Une fois payé un contenu, vous pouvez le consulter à volonté et même l'archiver. De plus, à force de clics, le site "devient intelligent" et est capable de proposer un contenu sur la base du comportement utilisateur. Bien entendu, pas question de s'arrêter là quant aux services que vous offrez à votre communauté de lecteurs.

La technologie pour réaliser pareil produit existe déjà. Il va sans dire que se pose le problème des droits d'auteur. Un simple pourcentage sur chaque paiement au clic pourrait faire l'affaire. Non ? Je sais… je rêve sans doute.

Reste évidemment le problème de fond. Est-ce que les gens sont prêts à payer l'information en ligne ? Cette information qui est en train de devenir clairement une commodité. La réponse n'est évidemment pas simple. Cependant, avons-nous des exemples de pareils micro-paiements dans la presse ? Figurez-vous que oui ! Par exemple, l'achat d'articles dans les archives de certains journaux.

La logique du paiement à la consommation me semble à expérimenter. Elle n'est pas si difficile à mettre en place - sur la base de flux RSS, par exemple . Elle existe dans d'autres secteurs d'activité, comme celui du téléphone. Rien ne nous dit qu'elle ne pourrait pas fonctionner pour une offre média. Bien entendu, il ne s'agirait pas là de la seule source de revenus pour l'éditeur. Alors, à votre avis, jouable ou pas ?

10 comments:

  1. Enfin une idée qui sort de l'ordinaire: le payement au clique. En tant que responsable éditorial de deux sites d'infos au sein d'un même groupe, nous partageons déjà quelques services comme les pages sports, c'est une piste à envisager. Reste à définir la marque car travailler sous le nom d'un groupe plutôt que d'un titre fait "peur" à l'internaute lui qui aime être rassuré quand il lit. Je suis curieux de lire les prochains commentaires.

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  2. On pourrait citer Lesechos.fr qu vend aussi les articles à l'unité mais j'ai un exemple plus ancien et méconnu:
    http://www.intelligenceonline.fr/

    Ce site très spécialisé, qui éditait aussi des lettres confidentielles a été un des premiers éditeurs français à adopter le porte monnaie électronique. Les articles sont assez chers mais l'info s'adresse à un public très spécifiques.
    pour l'utilisateur "abonné" un simple clic sur l'article débite le compte en toute transparence (c'est d'ailleurs effrayant vu le prix des articles...).

    Sur le fond je suis assez scepique sur l'idée de la vente de contenu à l'unité. Oui à la marge pour des archives mais en fait je crois que l'usager est surtout prêt à payer pour un service (être informé d'une certaine façon) plus que pour UN contenu. Difficile d'exprimer pourtant cette notion de service quand on parle d'un journal, il est souvent plus évident d'exprimer cela en désignant le contenu.
    C'est logique et valorisant, surtout pour le journaliste qui du coup va mettre en avant cette interprétation tellement favorable.
    Je prends vraiment qu'il y a un malentendu dans cette idée de payer pour "un" contenu. D'ailleurs la personne s'empresse de te dire qu'elle ne veut quand même pas "sortir la carte à chaque fois". CQFD on paye plus facilement la commodité, l'usage...

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  3. jacques Cros9:33 PM

    Voila une proposition qui me semble géniale. Et qui sans doute pourrait intéresser pas mal de gens.
    Mais je regarde ma propre consommation. Des journaux, j'en achète exceptionnellement. Il est vrai que je les ai souvent gratuitement.
    Pour les infos, généralistes ou spécialisées, je suis abonné à beaucoup de lettres sur Internet (Ouest France, Le Figaro, AMPQ Quotidien, Tousurlacom, PC Impact, ZDNet,... et j'en passe)
    Je picore dans tout cela et, sans le moindre abonnement, j'ai des tas d'infos qui m'intéressent (problème, je suis très curieux, alors, beaucoup d'infos m'intéressent).
    Si je prends un abonnement pareil, je serait frustré des le premier mois (j'allais dire jour) car le forfait (ex des 20 euros) sera éclaté très rapidement. Tout ça pour des infos qui me seront disponibles par ailleurs.
     
    Le proposition me semble géniale car c'est un forfait confort. L'abonnement que les entreprises prendront pour leurs cadres. Pour les infomaniaques comme moi, le Net fournit suffisament d'alternatives pour m'en passer.

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  4. Je n'ai sans doute pas été clair, Jacques. Il ne s'agit PAS D'UN ABONNEMENT. Au contraire. Il s'agit d'un paiement au clic. On ne paye que ce que l'on lit.

    L'idée des $20 c'est de proposer aux gens de fixer un plafond de dépense. Le montant est celui de leur choix, sur la durée de leur choix également. Il n'achète rien à l'avance. Ne leur sera facturé que ce qu'ils auront consommé.

    Je propose de pouvoir fixer une limite pour rassurer le consommateur et le rendre maître de ses dépenses.

    Mais pourquoi pas un abonnement aussi

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  5. Philippe Gauthier9:38 PM

    L'idée semble séduisante, mais aucun système de microfacturation n'a jamais fait ses preuves. Selon un économiste que j'avais consulté sur la question, cela serait dû à la difficulté d'estimer la valeur de petites prestations (L'article que je m'apprête à laire vaut-il vraiment 35 cents pour moi?), ainsi qu'à l'incertitude quant au coût total (même si je me fixe un plafond, après combien de jours de consultation vais-je le crever? combien ai-je dépensé à ce jour?).

    La formule de l'abonnement est finalement plus avantageuse pour le client, car tous ces micro-calculs deviennent caducs.

    Philippe Gauthier

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  6. Philippe, on peut proposer les deux : clic ou abonnement.

    Google vit de micro-paiement. iTunes aussi, plus d'un milliard de transactions. Skype aussi. Les entreprises de télécommunication également. Le minitel en France fonctionnait au micro-paiement (fonctionne toujours d'ailleurs). Et, comme je le donne en exemple, les gens achètent les articles en archive dans les journaux.

    Au fond, je m'inquiète moins du micro-paiement que de la valeur d'un article. Autrement dit, comme vous, je me demande si la valeur d'un article est assez évidente EN PERCEPTION pour que quelqu'un l'achète. Mais mon idée ne s'arrête pas aux articles, elle comporte tous les supports médias : vidéos, audios, images…

    Je n'ai pas la réponse. C'est peut-être au fond qu'une question de marketing. En tout cas, tant que l'on a pas essayé, on n'aura pas la réponse.

    Jeff Mignon

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  7. matiu8:08 AM

    Je signe tout de suite!
    on s'inscrit où? :-)
    bon, je blague un peu, là, mais présenté comme ça c'est vraiment très séduisant. A mon goût.
    Mais pour une raison bien particulière: dans votre exemple, vous choissisez un GRAND GROUPE qui possède de NOMBREUX supports de presse. Et c'est là, à mon avis, que se trouve LA soution: à titre perso, je ne serai pas prêt à m'inscrire à 50 sites différents pour avoir mes infos, ni à 1 seul: le vrai coup de génie de votre exemple, c'est la variété des sources.
    Mais du coup, quel est la chance des "petits", des "indépendants" dans ce paysage là? et vous savez comme moi que celà signifie une uniformisation de l'info, qui est d'ailleurs déjà en route...
    Très exitant donc, mais un peu inquiétant quand même..

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  8. Anonymous4:51 PM

    Pourquoi pas, il y a un marché pour tout ! En matière de consommation de presse, le support est bien un critère d'achat.

    Mais si on parle d'utilisation Grand Public, pour ma part, lire du pur électronique, ce sera idéal quand l'e-ink sera au point (couleur et format tabloid... on a pas fait plus pratique que le papier... )

    Entre autre, dans le mal qui ronge la presse payante, l'offre est le vrai problème. Pour exemeple, et ne parlant que de l'offre commerciale, aujourd'hui j'ai voulu acheter le Fig... mais quand on vous balance la poignée à 4 euros, ça ne m'intéresse pas... Une opportunité de ratée.

    La raison pour laquelle je continue à acheter de la presse est que j'ai un instant de pause, je la consomme comme du loisir et même si j'utilise un Mac, ce n'est pas suffisant pour rendre le moment de lecture agréable, que ce soit sur un canapé ou dans les transports.

    Mais je suis un surconsommateur d'information dans le cadre de mon job. Une bonne partie de mes sources sont gratuites (support financé par la pub), mais ma veille de presse elle est payante.

    Pour rester dans l'offre commerciale, passer au contenu payant Grand Public... il va falloir faire disparaitre les sources gratuites ;o) en France et à l'étranger... Demandez à AuFeminin.com s'ils sont OK pour commercialiser au clic ;o)

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  9. JF FARNY5:35 PM

    Jeff, je rebondis sur ce que tu dis : Google et les micro-paiements... C'est une vision relative... son économie est l'addition de gouttes mais les transactions moyennes dépassent les 15 euros...

    Le coup de la vente à la découpe fait disparaitre l'idée même de l'oeuvre collective et de fait la raison d'être d'une conf de rédaction... Pourquoi faire un choix alors que le conteignetment de Guttenberg disparait sur le support électronique ?

    Si on pousse un peu plus loin la conceptualisation de ta proposition, il faudrait créer un "kiosquier" universel (car on ne va pas créer autant de comptes qu'il y a d'éditeurs ;o) qui pourrait encaisser une micro-somme (8 cents par exemple) dès que quelqu'un souhaite acheter un article, accumulerai ces sommes tout au long du mois et facturerait par CB (par exemple), avec tous les inconvénients connus comme les impayés, les litiges.... Ce kiosquier serait payé à la comm, couvrant sa rémunération et le coût engendrés les inconvénients.

    Au passage, ce bazar n'est pas impossible à conceptualiser car il existe bel et bien : PayPal... ;o)

    Voici ma contribution au schmilblick

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  10. (Débat passionnant, j'y reviens à froid sur mon blog)

    Le débat "menu/à la carte" est ouvert. Comme celui du gratuit/ payant sur le Web, qui rebondit chaque mois au fil des expériences des médias.

    En fait, je crois que le débat n'est pas seulement de savoir si tel ou tel modèle est le bon. Tout dépend du service proposé et de la praticité d'utilisation.

    - Il faut que l'information vendue soit utile... mais pas seulement dans le sens où nous l'entendons généralement. Nous sommes sur le Net, ne l'oublions pas. IUne info utile peut aussi l'être à un autre niveau. Par exemple, acheter l'info nous permet de rentrer en contact avec d'autres personnes ou d'accéder à d'autres services. Ou de télécharger l'info (texte, vidéo, son...) sur un "journal-ipod" en e-paper. Ou d'archiver cette information info dans une sorte de bibliothèque/blog pour la partager, ou encore pour recevoir en fin de mois, "votre retrospective" personnalisée sous forme de livre papier (afin de retrouver ces documents de façon pratique). "Payez l'information qui fera l'histoire...": là on a besoin d'une vraie information, triée, de qualité... l'important n'est pas tant l'info, que son usage.
    - Il faut évidemment des produits spécifiques web. Ils n'ont pas tous encore été inventés. Mais j'imagine que l'on mettra plus facilement de l'argent dans un bon document vidéo que dans l'article de M.Dupont, "éminent journaliste".
    - Enfin, il est difficile de vendre sans un système de paiement permettant l'achat d'impulsion. I-Tunes et Amazon proposent le paiement en 1 clic, qui vous permet de ne plus rentrer à chaque fois vos coordonnées bancaires. Vous cliquez, c'est acheté.

    I-Tunes est un assez bon exemple de ce qui devrait nous inspirer en terme d'info payante : une plateforme mutualisée de vente de musique en ligne. On peut commenter les morceaux, on peut proposer ses podcasts, on peut acheter et suggérer, voter. Il y a même un algorythme qui vous conseille, en fonction de vos choix précédents. Et il y a un outil physique, indispensable, le Ipod, où stocker votre discothèque (autant dire votre "univers") personnel.

    On peut s'en inspirer, oui, à condition d'inventer d'autres produits informatifs que ceux que nous connaissons actuellement. En s'intéressant, comme je le disais, à l'usage de l'info plus qu'au contenu. Sinon on sera toujours confronté à la ccontradiction gratuit/payant. Le contenu attire, mais existe en général gratuitement partout (pour l'info grand public, en tout cas). L'usage, lui, peut se monnayer à un certain niveau d'intérêt.

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