Sep 20, 2006

En attaquant Google, certains éditeurs de presse ne se trompent-ils pas de combat ?


Comme vous le savez sans doute tous, Google a été condamné en Belgique à supprimer, sur son site Google News Belgique, tout le contenu venant de la presse belge francophone, en particulier. Le moteur de recherche californien est accusé de piratage. Il a fait appel de ce jugement.

L'action a été organisée par Copiepress, une entreprise qui manage les droits d'auteurs de certains des journaux belges. " Nous demandons à Google de payer et de demander l'autorisation pour utiliser notre contenu… Google vend de la publicité et fait de l'argent grâce à notre contenu" a déclaré au Guardian (ici en anglais) Margaret Boribon, secrétaire général de Copiepress.

Il n'y a qu'un problème à cette affirmation, et pas la moindre, il n'y a pas de publicité sur les sites de Google News. Je vous invite à vérifier : news.google.be, news.google.fr, news.google.com. Comme c'est le seul moyen pour Google de gagner de l'argent, on se demande bien où est le revenu "volé" grâce au contenu des journaux. J'aimerais bien que l'on m'explique. D'autant plus que l'on ne peut pas lire la totalité de l'article sur google news. Il faut cliquer sur un lien qui vous renvoie sur la page du journal en question. Les journaux ne veulent pas de ce traffic ?

En revanche, le moteur de recherche, lui propose des publicités en rapport avec le contenu de votre recherche. En effet, comme le note John Burke (ici en anglais) sur le site de l'AMJ, si vous tappez 9/11, vous obtenez toute une série d'articles sur le 11 septembre et la publicité contextuelle qui correspond à cet article. Là, en effet, Google gagne de l'argent en associant le titre de l'article du journal, et parfois le "lead", à celui de la pub.

Est-ce de cela que parlent les éditeurs ? Ils ne veulent plus que leur contenu soit cherchable sur Google ? Ils ne veulent plus de ce traffic non plus ?

Je ne veux pas défendre Google à tout prix. Ils n'ont pas besoin de moi pour ça. Mais, là encore, je ne comprends pas la logique des éditeurs. Reprenons :

1- Google est un annuaire en ligne.
2- Il indexe gratuitement le contenu du web pour le bonheur des utilisateurs, mais aussi pour celui des entreprises qui sont ainsi "trouvables sur le net".
3- Plus elles sont trouvables, plus elles reçoivent de traffic.
4- Pour financer ce service d'annuaire, gratuit pour tout le monde y compris les éditeurs, Google a mis en place un système de publicité contextuelle.
5- Seulement un tout petit morceau de l'article est directement lisible sur Google. Il fait un lien avec le site de l'éditeur.

Où est le problème ? Si vous êtes une entreprise, la première chose que vous voulez c'est d'apparaître dans les Pages jaunes, pour être "trouvable". Mieux, si vous voulez être très visible, vous payez les Pages jaunes ! Non ? Des millions sont dépensés chaque année en promotion par les entreprises pour faire connaître leur marque. Google propose un outil de promotion gratuit ! Il faut bien qu'il trouve un moyen de financer ce service gratuit pour l'ensemble des utilisateurs. Non ? Google doit-il arrêter de référencer les éditeurs et les faire payer, comme le font quasi tous les annuaires sur cette planète ?

Les journaux sont en train de développer des flux RSS. 75% des quotidiens américains par exemple en ont. Vont-ils aussi attaquer les aggrégateurs de RSS de type netvibes, webwag, itsmynews, live, my yahoo… pour infraction au copyright ?

Et les utilisateurs dans tout ça ? Ce sont les Belges qui doivent être heureux de ne plus pourvoir accéder au contenu de leurs journaux via Google. Comme si la presse avait besoin de frustrer un utilisateur supplémentaire ! En attendant, ils passeront par Google.com ou Google.fr.

Dans toute cette histoire, il y a un truc qui m'échappe. Je vous l'avoue, j'ai l'impression que l'on marche sur la tête. Pas vous ? J'aimerais bien vous entendre là-dessus.

12 comments:

  1. La réplique de Google Belgique ne s'est pas fait attendre. Plus aucunes pages des quotidiens Belges n'apparaissent dans l'index principal de Google Belgique. J'ai deux petits billets sur mon carnet.

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  2. Ce matin +11% de trafic en provenance de google Belgique... Merci les gars :-)

    Blague à part, je suis bien sur d'accord mais ce n'est pas si simple. Le pataques des droits d'auteur oblige les sociétés de gestion de droits à attaquer. Cette affaire mène à l'impasse c'est certains. Sans parler des éditeurs à courte vue.

    D'un autre côté le business de google ne se limite pas à la présence ou non de pub. Google exploite de facto du contenu, les auteurs/éditeurs ont leur mot à dire sur l'utilisation des contenus. Il n'est pas acceptable de s'auto instituer infomédiaire sans un minimum de démarche légale. Google s'y refuse ce n'est pas normal quoi qu'on en dise.

    C'est une affaire d'équilibre dans l'échange de valeurs. c'est une chose qui doit pouvoir se discuter autour d'une table. ce qui n'est pas le cas actuellement.

    Bref ce n'est pas très judicieux mais ca s'explique. Heureusement les éditeurs français ont revu leurs positions ...

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  3. Anonymous12:39 PM

    Je pense qu'il y a amalgame entre d'une part, google news et le cache de l'index google. Ceux qui auront lus les articles du journal lesoir, l'auront d'ailleur peut etre remarqué.

    Je pense que les editeurs n'en seraient pas venus la si google s'en tennait juste aux extraits d'articles et de liens (ce que les editeurs proposent par ailleur dans leurs flux rss). Par contre, si un éditeur décide de supprimer un article de son site pour une raison quelconque, google permet d'en afficher la version "in cache" qui reprends alors l'entiereté de l'article et viole alors dans ce cas précis les droits au copyright.

    Prenez le cas des photos, lesoir, la dh, et les autres paient des droits à afp, belga, etc. pour diffuser sur leur medias online des photos d'actualité. Lorsque google reprends ces photos dans les pages de google news, ils viole les droits sur ces photos car il n'a pas négocié avec les propriétaire de l'image l'utilisation de celles ci.

    Pour google news, c'est plutot le probleme de l'editorialisation automatique qui pose probleme. Les éditeurs s'étonnent ainsi que google se permette de mélanger des sources de contenus diff. pour constituer sa page. Personne ne se pose la question de savoir si la DH aime que ce titre soit accolé a une photo LE SOIR ?

    La ou je détecte un soucis, c'est le manque a gagner vis a vis des publicités que google afficheraient sur ses pages de news. Ou les editeurs ont ils péché ca ? Que je sache, il n'y a pas de liens "sponsorisés" / "google ads" sur ces pages ... Cherchez l'erreur !

    Parlons chiffres et frequantations. Google news ne représente pas grand chose dans les "referers" des quotidiens, a peine quelques % (c est meme clairement écris dans les colones du soir). Mais comme le disait un autre intervenant (ici ou ailleur), c'est dans quelques semaines seulement que les chiffres réels de fréquentation devraient etre connus. Aujourd'hui, le buzz fonctionne a fond, et les éditeurs se retrouve avec plus de visites, c'est un preuve de la moindre importance de google news sur la fréquantation.

    Enfin, que ce soit chez ipm ou rossel, il ne faut pas mettre tous les intervenants dans le meme panier. Si au service juridique ou chez copypresse on a la position que vous savez, je serais content d'entendre la position de ceux qui au quotidien font lesoir.be, dhnet.be, lecho.be ou lalibre.be. Ils ne doivent pas tenir tout a fait le meme discours.

    sur ce ... je m'en retourne à mes mises en ligne. Comprenne qui voudra.

    Grumph.

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  4. Concernant le trafic je confirme que Google News peut être un apporteur de trafic non négligeable mais absolument pas indispensable contrairement à ce que beaucoup pense. Effet de dilution probablement.

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  5. Bonjour,
    je partage l'avis de Jeff et disait hier matin que si google news était attaqué, alors tout le système de syndication du contenu via les flux RSS et les newsletters doit être arrêté par les sites en eux-mêmes.

    http://www.chouingmedia.com/index.php?2006/09/20/49-google-et-justice-belge-la-fin-des-rss-pour-les-sites-medias

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  6. Ce litige avec Google montre une nouvelle fois que la presse traditionnelle réagit toujours de manière défensive plutôt que de s'interroger sur la manière de valoriser ses contenus et ses marques sur le net.
    Car finalement, c'est le consommateur d'information qu'il faut convaincre d'aller chercher son info directement sur les sites médias plutôt que sur Google...

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  7. jf farny7:35 AM

    J'apporte ma contribution à l'édifice...

    *Le contenu est protégé, donc il faut demander avant de se servir !

    *Google News est un outil de recrutement, au même titre que Google Earth, Images etc... qui permet de faire venir à lui les petits internautes. C'est plus efficace qu'une campagne de pub (durée limitée dans le temps, donc effet également limité dans le temps et surtout 1000 fois plus coûteuse) et de fidélisation en maintenant un taux de nourriture constant, en garantissant le renouvellement des courbes de vie des produits.

    J'aime prendre cette image (elle vaut ses mille mots). Quand Carrefour a décidé de vendre de l'essence discount ce n'était pas pour faire de la marge, mais bien pour attirer du trafic dans ses centres commerciaux, c'est pareil. Appelons ça une Tête de Gondole, dans le grand supermarché de l'information. Il n'est donc pas question de pub ici, mais de contribuer à la promotion de Google en sacrifiant nos contenus contre une promesse de trafic. A quand les "grandes franchises" de l'information ?

    Il faut garder à l'esprit que pour certains éditeurs, Google News représente 21% des referers et Google Search 27%. Pour le cas de la PQR, l'affaire a été réglée fin 2003 de façon discrète et Google News représentait à l'époque 1,2% des referers, le choix a été vite fait ;)

    Pour ce qui est des archives : pourquoi chercher un modèle payant en proposant des archives à la vente si Google les conserve au frais pour un consultation ultérieure, financé par du bon AdWord ?

    J'estime que pour ce qui concerne Google, chaque éditeur doit être libre de sa stratégie de collaboration, et le rôle des organisations syndicales est de faire en sorte que ces acteurs reconnaissent le choix et la légitimité de chacun de ces éditeurs. La démarche de la WAN va dans ce sens, il n'est pas question de chercher un compromis mais de définir un protocole de collaboration grace auquel les parties se comprennent facilement...[dans le théorie, bien entendu ;) ]

    Je crois qu'on a pas fini d'en parler ;)

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  8. jf farny9:02 AM

    Eric Baillargeon

    Cette attitude est déplorable de la part d'un moteur de recherche. Google prouve ainsi qu'il existe une relation directe et très étroite entre Google Search et Google News... alors que beaucoup s'accordaient à prétendre que Google News était un truc à part.

    En termes d'attitude, ça risque de faire têch d'huile : Google, le moteur de ses amis ! On se croirait presque en Chine...et les quotidiens belges font figure de dissidents du pouvoir installé, sorte de terroristes anti-internet.

    Je n'ai pas fait de catéchisme ni d'étude de théologie, mais j'aimerais bien connaître la religion de Google pour bien cerner sa définition du Diable. Do no Evil n'a pas la même signification dans toutes les pratiques religieuses !

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  9. A la lecture de commentaires émanant de journalistes belges j'ai cru comprendre que n'est pas forcément partagée l'attitude des quotidiens ayant lancé l'offensive vers Google.
    Aujourd'hui même, il faut noter, la disparition, sur Google.be, des liens vers les journaux plaignants (Le Soir,La Dernière Heure, La Libre Belgique), impliquant probablement un déficit de lecteurs et par là même financier.

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  10. Les éditeurs de journaux belges francophone ne désarment pas. Par l'intermédiaire de Copiepresse,ils ont adressé hier à Microsoft, une lettre de mise en demeure lui demandant de cesser de publier, sans autorisation préalable des accroches de leurs articles sur son site belge "www.msn.be". A suivre...

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  11. Anonymous10:48 AM

    Tous à l'audience au palais de justice de bruxelles ce vendredi 24 novembre 2006.

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  12. Anonymous8:35 AM

    RENDEZ-VOUS EN JANVIER POUR LE JUGEMENT

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