Jul 20, 2006

Un quotidien national généraliste payant et papier peut-il survivre en France ?

Quel est le quotidien généraliste papier payant qui gagne de l'argent en France ? Le Monde ? Non. Le Figaro ? Non. Libé ? Non. France-Soir ? Non. L'Humanité ? Non. Aujourd'hui en France ? Oui, peut être… mais non, si l'on considère les chiffres cumulés avec Le Parisien. Reste qui ? La Croix ? J'avoue… je ne sais pas. Mais il semblerait que oui (à confirmer ou pas, si vous avez des chiffres, je suis preneur).

S'il n'y avait pas les banques ou de généreux investisseurs, la très grande majorité de ces grands noms de la presse serait rayée de la carte média. L'équation est simple : leur nombre d'acheteurs et leur chiffre d'affaires publicitaires ne suffisent pas à couvrir leurs coûts. Et ce problème ne date pas d'hier. Il ne date pas d'internet. Il ne date pas non plus de l'arrivée de la presse gratuite en France. Même si tout cela n'a bien entendu pas arrangé les choses.

D'où ma question, un quotidien national généraliste payant et papier peut-il survivre en France ?

En général, un produit à besoin d'avoir des avantages. Quels sont donc les avantages produits d'un quotidien papier national généraliste et payant ?

1- Exclusivité de l'information ? De moins en moins, voire pas du tout. On trouve quasiment tout -- si ce n'est plus -- sur le net… et gratuitement.

2- Rapidité d'informer ? Le quotidien papier est devenu le média le plus lent.

3- Volume de l'information ? Il y en a "mille fois" plus sur le web.

4- Qualité d'analyse et d'explication ? C'est sans doute le dernier grand avantage produit. Mais le web est en train de le remettre profondément en cause.

5- Véhicule publicitaire de qualité ? Apparemment les annonceurs semblent toujours le croire. Un peu moins. Mais doucement. Pourtant, le papier reste un véhicule qui ne permet pas vraiment de bien calculer son retour sur investissement. Le net lui, en revanche, est aujourd'hui l'outil le plus fiable pour le calculer.

6- Prix ? C'est l'une des dernières sources d'information que le consommateur doit payer.

Je ne vois donc pas vraiment d'avantage produit fort. Et encore moins d'avantage à une forme papier. Sauf celui de satisfaire une partie de la population pour qui le quotidien papier national est une habitude, fait partie d'un style de vie. Une habitude qui ne remplit plus les caisses… en tout cas pas assez.

Quel sera le premier de ces quotidiens à se dire :
- Cela n'a plus de sens de vendre ce journal, devenons un gratuit.
ou
- Arrêtons de payer des millions en papier, encre et distribution et devenons une entreprise web. Et, proposons une version papier sur mesure aux lecteurs attachés à cette forme de support et qui seront prêts à payer le prix fort pour ça.

En tout cas, Axel Springer, l'éditeur allemand, semble penser qu'il est encore possible de faire un quotidien payant papier en France. On l'espère.

Et vous, vous en dites quoi ? Où sont les avantages produits selon vous ? Que devrait faire cette presse pour s'en sortir ?

MISE À JOUR : Robert Thomson, le rédacteur en chef du Times of London, explique la stratégie de son journal à sur le blog "I want media". Il donne, pour lui, les avantages produits de la presse national géné écrite et payante :
- "l'encre sur le papier est un plaisir à lire"
- "le format est pratique"
- "chaque journal est "customisé" par chacun de ses lecteurs"
Peut-être, mais en tout cas rien que le web ne fait pas… et gratuitement. Non ?

13 comments:

  1. Bertrand2:43 AM

    Bonjour Jeff

    Rude constat effectivement et question intéressante ...

    Ton post m'appelle deux réactions, la première sur les avantages "produit" (y'en a-t-il si peu ?), et la seconde sur l'aspect géographique (quid des quotidiens généralistes payants dans les autres pays ?) :

    1/ Sur les avantages d'abord, il faut également citer à mon sens :

    Par rapport au Web :
    - la portabilité
    - le "confort" de lecture
    - l'accès à l'information par "feuilletage" plutôt que par recherche active
    En gros une lecture "plaisir" versus une lecture plutôt "business" ou "utilitaire" sur le Web, non ?

    Par rapport aux journaux gratuits :
    - Un contenu plus étoffé / détaillé quoi qu'on en dise (sans remettre en cause la qualité des journaux gratuits)

    Ces avantages sont-ils réels ? suffisants ? Faut-il que les quotidiens payants les mettent plus en avant ? A voir ...

    2/ Concernant le constat de mauvaise santé des quotidiens généralistes payants propre à la France maintenant, peut-on l'étendre aux autres pays d'Europe ? Aux US / Canada ? etc.
    Quels sont les avantages produit qui existeraient dans d'autres pays relativement aux quotidiens généralistes payants et qui n'existeraient pas en France ?
    Le consultant "international" que tu es peut sans doute nous éclairer là-dessus ?

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  2. Bertrand,

    Sur les avantages produits:
    1- La portabilité ? C'est un argument souvent avancé. Il est encore un peu valable pour une certaine partie de la population qui n'est pas en ligne au bureau et à la maison. Mais quoi de plus portable que l'information numérique.
    2- Confort de lecture ? C'est aussi un argument souvent avancé. Une question de génération. Une question d'habitude. Et toi, combien de temps passes-tu à lire sur le net versus à lire sur le print ?
    3- Le feuilletage ? Peut-être mais ça va moins vite que cliquer. Et, ça réduit la consommation à un seul titre. Alors que cliquer est infini. Le succès de Yahoo! News montre combien les consommateurs d'information sont sensibles à la variété des sources. Les focus groupes nous disent ça aussi et un peu partout.

    Sur la presse quotidienne tout confondu dans les autres pays (dans Le Monde aujourd'hui):
    - 1,6% en France (11,5 millions)
    - 3,0% au Royaume-Uni (11,5 millions)
    - 2,5% Allemagne (21,5 milions)
    - 2,35% aux US (53,3 millions)
    - 0,97% aux Japons

    J'ai des chiffres plus complets mais hélas pas le temps de les mettre en ligne aujourd'hui.

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  3. j'allais oublié la note positive pour les quotidiens :

    Chine + 8,9 %
    Inde + 7%

    D'après Le Monde, : "L'Inde, la Chine et le Japon se partagent plus de la moitié des tirages de journaux papiers dans le monde"

    Faut peut-être que je déménage !

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  4. D'accord avec Bertrand sur les points avancés. Mais ne jouons pas le papier contre le web on se trompe de combat. C'est la leçon de la BBC cette semaine: soyons un moteur d'information, diffusons sur multi-support. Le web est plus réactif, alors il sera le lieu de première publication.

    Pour le reste ne pas oublier le facteur temps: actuellement tu bascules tous tes journalistes sur le web, tu fermes ton édition papier et tu cours à la catastrophe car les revenus du web sont encore loin de concurrencer ceux du papier et tu ne payes pas ta rédaction.

    Au delà des annonces fracassantes le dilemne de toutes les directions des journaux est de gérer la transition et le transfert de valeur. Pas simple

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  5. On est bien d'accord à 100% Emmanuel. L'idée n'est pas de jouer web contre papier. Je fais juste un constat sur un type de presse en particulier : la presse quotidien d'info géné payante. Ce constat, c'est que cette presse n'arrive pas à faire d'argent.

    Tu parles d'éviter la catastrophe… mais la catastrophe a déjà eu lieu. Lorsqu'on a 30 millions de pertes par an, on est au milieu d'une grosse catastrophe.

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  6. Bertrand2:19 AM

    En phase également avec vos commentaires : je ne jouais évidemment pas le web contre le papier mais j'essayais d'en dégager les avantages spécifiques.

    Et effectivement pour répondre à ta question Jeff, je passe beaucoup de temps à lire de l'info sur le web ET AUSSI sur papier, avec des utilisations différentes / complémentaires :

    - Sur le web :
    1ère utilisation : accès à mes sources habituelles "business" (d'ailleurs principalement des blogs désormais et de moins en moins les sites des titres de presse que je consultais auparavant)
    2ème utilisation : accès à l'Equipe.fr ... et oui on ne se refait pas ;o)
    3ème utilisation : consultation épisodique des sites d'actu généralistes pour me tenir au courant

    - Le papier : principalement le WE, mais aussi dans tous les cas où la portabilité est encore un avantage réel (dans le train ou l'avion notamment), avec une lecture d'avantage orientée "flânerie" de la presse quotidienne nationale et locale quand je suis en vacances, des News Mags, etc...

    Donc bien évidemment des utilisations complémentaires ...
    D'ailleurs je ne sais pas si je suis représentatif ou non mais mon mode de consommation d'informations tendrait à dessiner une offre de groupe Media construite avec :
    - 1 (ou plusieurs) site(s) mis à jour très fréquemment
    - des blogs / fils RSS / etc ...
    - 1 journal papier hebdomadaire seulement mais payant(et plutôt du WE), reprenant / développant l'actu de la semaine, des dossiers, etc...
    - + pourquoi pas un quotidien gratuit qui serait un extract du Web (inversant ainsi la logique actuelle où le web est un "export" du papier).

    Cela a-t-il déjà été testé à ta connaissance ?

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  7. Bonjour Jeff,
    Je partage ton analyse quant à la situation critique de la presse quotidienne française. La Croix doit en effet gagner un peu d'argent après des années de vaches maigres. Je n'ai pas de chiffre.
    La presse quotidienne a la chance de disposer de marques fortes; pour s'en convaincre, il suffit de se référer au trafic sur lemonde.fr, qui tendrait à démontrer que la magiede la marque opère encore sur le public. La diffusion est malheureusement en baisse,effet combiné, à mon sens, d'un réseau de distribution défaillant, lié au fait que d'une part la presse n'est en effe, come tu le soulignes, plus le mode d'information le plus rapide mais qu'en plus, les lecteurs doivent payer une information dont ils connaisent déjà les grandes lignes. Les quotidiens gratuits ont, au delà de la question de la pertinence de leur contenu, cet immense avantage d'aller physiquement à la rencontre de leur lectorat potentiel. Metro ou 20 Minutes sont quasimment mis entre les mains de leurs lecteurs sans l'intermédiation d'un kiosquier.
    La situation de la presse payante est inquiétante au vu des résultats de l'étude Ipsos "La France des Cadres Actifs" 2006. 20 Minutes y apparait avec un lectorat de qualité et des pénétrations fortes sur les cibles étaient jusque là la chasse gardée de la presse traditionnelle (dite "de qualité"), les Dirigeants et cadres (ex Cadres supérieurs), mais aussi les Cadres supérieurs en entreprise.
    Certes il se passera encore quelques temps avant que les annonceurs basculent de titres de référence dans des gratuits qui s'avèrent plus qualitatifs que prévu, mais la menace sur le modèle économique de la presse payante est bien là, et beaucoup plus forte que le risque d'un glissement de la pub du papier au web.

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  9. Le problème est peut-être plus complexe.

    Oui, la presse quotidienne payante n'arrive (globalemment) pas à faire d'argent avec son seul journal, mais elle en fait avec d'autres produits, d'autres supports. Surtout en presse régionale où l'on constate même parfois que les éditions qui perdent le plus de lecteurs sont parfois les plus rentables...

    Alors, on pourrait se dire : supprimons le journal payant puisqu'il ne rapporte pas assez d'argent ! Mais on prend alors le risque de saborder la marque.
    Or, les études montrent que (sur le plan local surtout), la marque de ces médias reste un atout essentiel pour construire le paysage multi-médias de demain.

    Un média est un ensemble. Si le journal gagne de l'argent sur d'autres produits, c'est d'abord parce qu'il est ce média régional, ce quotidien papier qui anime encore le quotidien des habitants. Il y a un lien affectif, enraciné, entre les journaux et leur environnement. N'importe quelle entreprise rêverait de ce lien là.

    Demain, sans doute, le journal papier disparaîtra ou sera gratuit. Mais pas aujourd'hui.
    J'achète encore le journal, parce que quand je vais boire mon café, quand je prends le train, quand je me vautre sur mon canapé ou que je prends mon petit déjeuner, je trouve plus pratique, plus agréable de lire sur du papie, pour l'instant. Je ne vois pas l'intérêt de faire disparaître ma marque du bistrot et du métro.
    Quant au gratuit, je suis d'accord avec toi. Je pense même que l'on a pas encore exploité tout le potentiel de ce modèle économique.

    Mais il y a encore une place pour le journal papier payant, pour l'instant. Je dis bien pour l'instant. Il faut être pragmatique. Pas prophète. Tant qu'il y a un lectorat sur ce support, pourquoi s'en aller ? Faut-il faire du journal payant un produit de niche, comme le propose Jeff ? Demain, peut-être. Mais aujourd'hui ? Quand Ouest France (qui a stabilisé ses ventes) approche le million d'exemplaires, je ne pense pas que l'on puisse déjà parler de marché de niche.

    En même temps, l'expérience de Tamedia à Zurich, est intéressante. En pleine resructuration, le groupe a relancé l'entreprise en développant un gratuit et en ciblant les cadres pour son quotidien payant, avec hausse du prix).

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  10. Bonjour,

    à votre question (un quotidien national généraliste payant et papier peut-il survivre en France ?), j'apporte une toute autre réponse que vous. A mon sens le débat n'est pas entre papier et web. Il est entre média généraliste et média communautaire et/ou innovant. Si l'on regarde l'ensemble des médias (j'écris "média, médias", comme c'est l'usage en communication), ce sont tous les médias traditionnels et généralistes qui souffrent, pas seulement la presse quotidienne payante. Au contraire, les médias qui aujourd'hui sont en croissance peuvent se regrouper ainsi :
    - les médias « communautaires », qui s’adressent à des tribus,
    - et ceux qui surprennent en innovant ; les deux étant souvent liés.

    Quelques exemples :

    • la presse magazine, essentiellement thématique (la presse magazine généraliste n’est d’ailleurs pas celle qui se porte le mieux, à part Le Point, qui augmente sa couverture de 10% par rapport à 2004) : les Français ne l’ont
    jamais tant lue (7,3 magazines en moyenne LDP - Lecteur Dernière Période). En 2005, sa pénétration progresse de 0,8 point et elle s’enrichit d’un million de lecteurs (chiffres AEPM 2004 / 2005) ;

    • la presse people (Voici, Public, Choc, Closer...) qui s’adresse à une
    communauté et innove par son ton (insolent), son traitement presque
    exclusivement visuel et sa référence à la télé-réalité. Elle séduit 5,6 millions de lecteurs selon Carat Expert Presse, soit + 13% par rapport à 1999 ;

    • la TV thématique, qui suscite un réel engouement (en particulier la TNT, qui dépasse les prévisions les plus optimistes) et représente près de 10 millions d’abonnés, tous opérateurs confondus. Ses recettes publicitaires croissent de 11,6% en 2005 (source : association des chaînes conventionnées éditrices de services);

    • les « médias tactiques », appelés aussi médias « styles de vie » (www.syndicatdesmediastactiques.com) : affichage dans les stations de ski, de golf, dans les salles de sport, dans les taxis, les cafés, sur les boîtes à pizza… En 2005, leurs recettes publicitaires augmentent de 63% et le nombre d’annonceurs est multiplié par 2,7.

    • Internet, évidemment, qui allie un ciblage précis et une forte capacité
    de surprise. Les recettes publicitaires d’Internet ont, pour la première fois en France en 2005, franchi le milliard d’euros bruts. En janvier 2006, elles s’arrogeaient 7% des investissements publicitaires consacrés à l’ensemble des médias.

    • les gratuits : une cible urbaine, jeune (10,4% des 15-24 ans) et peu aisée, une facilité d’accès (la gratuité) qui étonne… et séduit. Avec plus de 3 millions de lecteurs, elle attire les annonceurs et affiche une pagination publicitaire en hausse de 66%.

    L'idée n'est pas d'être exhaustif, mais de souligner que la question peut aussi et surtout se lire, non pas comme celle du web vs. papier, mais comme celle du généraliste vs. communautaire. L'important, à mon sens, est le fait que le média permette, ou non, de m'affirmer au travers de mon achat. Le lecteur, comme l'internaute, semble vouloir, aujourd'hui plus qu'hier, faire de son acte de consommation de l'information un acte d'affirmation de soi. Pour de multiples raisons (l'objet de ce billet n'est pas de les développer), les médias généralistes - et en particulier la presse quotidienne payante - constituent, moins que d'autres aujourd'hui, un moyen pour leurs publics de se "différencier". C'est là, plus qu'ailleurs (l'exclusivité de l'info, la rapidité, le volume d'info, etc...) que le bât blesse. A mon sens.

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  11. Bonsoir Thomas,

    Merci pour votre long commentaire. Je suis d'accord avec vous sur l'opposition média généraliste (que j'appelle média de monologue) et média communautaire (que je nomme média de conversation). D'accord encore pour dire que les premiers souffrent plus que les seconds.

    Mais, mon post ne parle VOLONTAIREMENT que de la presse quotidienne nationale géné et payante. Chroniquement déficitaire depuis des années, je me demande et vous demande, ce qui pourrait bien être fait pour la rendre rentable. À noter, que ce problème de la PQN n'est pas spécifique à la France.

    Je n'oppose en rien le papier au web. Je crois personnellement qu'il faut les deux à la PQN pour l'instant et si elle en a les moyens -- quand on perd autant d'argent on n'a pas les moyens pour très longtemp (voir Libé et France Soir par ex). Je constate juste que l'impression et la diffusion sont deux postes très lourds.

    PQN, pour reprendre votre idée, qui a beaucoup de mal à passer du monologue à la conversation… mais qui est en route. Voudra-t-elle le faire jusqu'au bout ? En aura-t-elle le temps ? En aura-t-elle les moyens financiers ? Saura -t-elle adapter son contenu et devenir un média de conversation ?

    L'ensemble des médias traditionnels de monologue souffrent dans le monde. Presse écrite, radio, télévision… Même la presse magazine baisse (j'ai des chiffres différents que vous). En France, le recul est de 2,84% en 2005 selon l'ojd (http://mediacafe.blogspot.com/2006/06/france-la-presse-magazine-connat-un.html#links).
    En Corée, elle a perdu 4000 titres en huit ans (65% - source BBC).

    Je ne sais pas si l'acte de s'informer est devenu un acte d'affirmation de soi. En revanche, je sais que sans avantage produit, un produit ne trouve pas d'audience. Que se produit soit gratuit ou payant.

    Cet avantage produit, il est de moins en moins clair pour la PQN payante. En tout cas pour moi. Est-ce que le fait qu'elle s'ouvre à la conversation sera suffisant ? Je ne sais pas. Mais ce n'est certainement pas avec le papier SEUL qu'elle va arriver à créer le dialogue.

    Et comme vous ne répondez pas vraiment à la question, je vous la repose : elle fait quoi la PQN payante pour devenir rentable ?

    Merci de me lire et de dialoguer.

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  12. Vous avez raison : contrairement à ce que j'annonce, je ne réponds pas à votre question (un quotidien national généraliste payant et papier peut-il survivre en France ?). C'est que je n'ai pas la réponse.

    Mais votre discours me rappelle celui qui avait cours au début des années 1990, lorsqu'on nous annonçait que l'avénement du web allait réaliser enfin le marché idéal en faisant jouer parfaitement le jeu de l'offre et de la demande, qu'il allait favoriser le dialogue entre les peuples, l'accès pour tous à l'éducation, contribuer à réduire les inégalités nord / sud, etc...

    Non, les difficultés actuelles de la presse payante généraliste ne sont pas à chercher dans les imperfections de son support (le papier) ou dans un avantage produit déficiant par rapport au web.

    Je pense que vous posez une bonne question, mais apportez une mauvaise réponse. Celle ci n'est pas du côté de l'outil (papier ou web), mais de celui de la vocation de ces supports - être des généralistes. Dans un monde devenu complexe, inintelligible et imprévisible, il s'agit de permettre au lecteur de donner un sens à son acte (l'achat d'un titre pour le lire). Quand le global nous "dépasse", quand nous n'avons plus de prise sur lui, nos attentes se concentrent là où le sens perdure : au niveau local, au sens large du terme (intime, individuel, local proprement dit). A ce titre, et pour l'anectode, il est révélateur que dans son Baromètre des conversations des Français en 2005, Ipsos constate un « faible degré d’intérêt manifesté, quelle que soit la catégorie, pour ce qui relève de la macroéconomie ». L'enjeu pour la PQN et la PQR, c'est donc de porter une vision qui aide leurs lecteurs à mieux être, à mieux s'estimer. Or quelle est la vision du monde, aujourd'hui, du Monde, du Figaro, de Ouest France, de Midi Libre ou même de Libé ??? Lorsque vous achetez un magazine d'équitation, un magazine people, que vous vous abonnez à un flux rss, ou que vous achetez un gratuit, vous affirmez votre identité et un certain nombre de valeurs. Quelles est l'identité des grands médias généralistes aujourd'hui ? est-elle visible, intelligible ?? ne semblent-ils pas (peu importe qu'ils le soient ou non effectivement, l'important c'est l'image qu'ils ont) liés aux pouvoirs économique, administratif et politique moins acceptés qu'hier (Ipsos décrit la société française en 2006 comme affectée par le "nonisme", cette tendance à dire non à tout, et en particulier aux institutions) ?
    L'enjeu pour eux est donc, d'abord, de définir une vision, qui ne va plus de soi. Exercice autrement plus difficile qu'hier. Puis d'exprimer cette vision. Pas seulement dans le choix du support, mais surtout dans leur charte éditoriale et graphique, dans l'ergonomie de lecture, dans le traitement de l'information et le choix des genres journalistiques, dans le contrat de lecture qui les lie à leurs lecteurs. Aujourd'hui, c'est peu de dire que ces visions du monde sont peu... lisibles. La véritable question, c'est de savoir si elles peuvent l'être lorsque sa vocation est de traiter une information complexe, devenue elle-même plus difficile à mettre en perspective.

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  13. Thomas, je ne veux surtout pas faire de polémique. Mais franchement, je ne vois pas en quoi mon discours vous rappelle les moments naïfs des années 90. Je n'idéalise pas le web, ni d'ailleurs aucun support d'information.

    Je ne pense pas non plus que le papier est une imperfection. Pas plus que ce n'est un avantage. C'est un support. Et, je constate que c'est un coût élevé dans la P&NL de la PQN. Encore plus avec les coûts associés : distribution, salaires, locaux, amortissements… Quand on perd de l'argent, au rythme où on le perd dans la PQN française, on est bien obligé de se poser la question de qu'est-ce qui coûte quoi ?

    Je n'apporte pas non plus de réponses. Je suggère des pistes : passage au gratuit, papier + web, web only… Ce sont des pistes qu'on ne peut pas ignorer. Et, je rappelle que malgré tous les changements de formule -- éditoriale + visuelle -- pas un de ces journaux n'a vraiment amélioré sa diffusion. On a crié au miracle en Angleterre avec The Independant, un an après retour à la case départ.

    D'accord avec vous que ce qui est en jeu, ce n'est pas (seulement) l'outil mais la vocation du support. Vous appelez ça vocation, j'appelle ça avantage produit. Donner du sens, aider à contextualiser, rendre intelligible… sont mes chevaux de bataille dans les rédactions depuis des années. Mes clients et mes réalisations peuvent en témoigner. Mais un média est un tout et la façon dont il communique avec le consommateur a forcément une importance stratégique.

    On ne peut pas oublier l'outil de diffusion. Où en seraient les industries de la musique et du voyage si elles avaient tourné le dos à la problématique du support. Le vinyl c'est bien pour les collectionneurs, moins pour la diffusion de masse. Le papier est-il à l'info ce que le vinyl est la musique ? Je ne sais pas, mais je me pose la question.

    D'accord avec vous sur l'identité, d'accord qu'au final tout cela c'est de la perception. Le service que me rend la PQN -- en tout cas la perception que j'en ai -- vaut-il mon temps et l'euro qu'elle me demande ? Vous appelez ça identité, une fois encore, j'appelle ça avantage produit.

    Pour ce qui est de la notion de local, 100% d'accord avec vous. J'ai l'habitude de dire et d'écrire : est local ce qui me touche (pas seulement géographiquement). Mais, volontairement, je ne veux pas mélanger la PQR et la PQN. Deux sujets différents… justement pour des raisons d'avantage produit, de raison d'être pour reprendre votre pensée. La PQR en a encore un qui est clair : le local. Pas la PQN.

    Pour info :

    1- D'après une étude de Nielsen (je crois), quand les internautes américains recherchent de l'info contextuelle liée à l'actu, ils vont plus sur Wikipedia que sur USA Today. Un signe, non ?

    2- Leo Bogart, aux US, avait fait une étude il y a quelques années à propos de l'influence du contenu sur les ventes de la PQR. Plusieurs dizaines de journaux et d'articles avaient été analysés. Cette étude l'avait d'ailleurs rendu impopulaire dans beaucoup de rédactions, pour un instant en tout cas. Pourquoi ? Parce que la conclusion était : il n'y a pas de différence fondamentale de stratégie éditoriale entre les journaux qui vendent bien et les journaux qui vendent moins bien.

    La réponse est donc loin d'être simple. Continuons à en parler.

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