Jul 27, 2006

Une expérience de journalisme open source financée par des donations se met en place

Une nouvelle expérience journalistique est en train de voir le jour aux États-Unis. Son nom : NewAssignment.net. Elle est lancée par le journaliste et professeur Jay Rosen et a reçu un premier financement par le créateur de Craigslist : Craig Newmark. De quoi s'agit-il ?

L'idée est simple : faire du journalisme "open-source" de grande qualité. Comment cela devrait fonctionner ? Tout un chacun va pouvoir passer une commande de reportage, d'enquête… sur un site internet : NewAssignment.net. Là, des journalistes professionnels, embauchés par le site, prendront en charge ces projets. Avec la participation du public, ils aideront à préciser et à améliorer la commande.

Ensuite, les rédacteurs en chef de NewAssignment.net commanderont le travail à un ou des journalistes. Ce journaliste soumettra régulièrement son travail au public, à travers le site, pour : montrer où il en est, récolter des informations, en apprendre plus et faire corriger les erreurs qu'il aura pu commettre.

Ainsi, le public pourra décider ou pas de soutenir le travail du journaliste. Comment ? Tout d'abord en apportant ses connaissances. Et/ou ensuite, en apportant son soutien financier à un sujet qui lui semble important et réalisé avec qualité. Il sera donc possible de faire des dons financiers à NewAssignment.net, sorte d'association de loi de 1901 (appelé non-profit aux US).

L'une des questions de fond : y aura-t-il suffisamment de donateurs pour soutenir financièrement le travail des journalistes ?

En tout cas, cette expérience tombe à un moment où j'entends de plus en plus au tour de moi aux USA, cette idée comme quoi le journalisme de qualité va finir par être financé par des organisations à but non lucratif. Pourquoi ? Car il ne se vendrait plus. Vous en dites quoi ?

(Plus d'explication sur le projet par Jay Rosen ici sur son blog)

4 comments:

  1. tout d'abord thanx pour la traduc. Ca fait deux jours que mon agrégateur ne me parle que de ça, mais toujours en anglais et je n'ai pas eu le courage de me lancer ;)

    beaucoup de commentateurs avertis (Jarvis, Gillmor, Malik, Macmanus,..) semblent convaincus qu'il s'agit d'une très bonne idée car elle remet réellement les clés de la production dans les mains de la communauté. Perso, je trouve encore plus génial d'imaginer une rédaction entièrement tournée vers ses clients (qui pour la première fois ne seraient plus les annonceurs), où les discussions tourneront autour de telles ou telles interviews à réaliser, chacun apportant ses connaissances et sa motivation. Quelle belle preuve de confiance pour les journalistes, et surtout, quelle assurance de se savoir soutenu par la communauté au moment d'utiliser sa carte de presse pour aller poser les questions qui dérangent. "Monsieur le ministre, j'ai 350 personnes qui me paient pour que je vous pose cette question..." Plutôt excitant, non ? C'est dans cet esprit, presque mot pour mot par rapport au texte de Jay, que je publiais mon tout premier billet sur mon blog, il a un an. J'ai des frissons en le relisant! (http://www.bloggingthenews.info/blogging_the_news/2005/06/bien_le_bonjour.html)


    Par rapport au financement, je crois tout à fait possible que les internautes y participent pour une part (via un bouton paypal ou autre) selon les articles qu'ils souhaitent voir développer. Mais je pense aussi qu'une autre part pourrait aussi être assurée en revendant ces articles à d'autres médias papier. Ou alors en produisant à terme sa propre version "papier" gratuite et en y placant la pub ?

    Ce qu'il faudra surtout, c'est avoir une base suffisemment large de donateurs. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer décliner le concept en français, en chinois, en russe et de batir des "ponts" selon les sujets, e n se renvoyant la balle entre les différentes "éditions" ?

    Bref, je trouve ce projet plein de sens et je suis impatient de le voir démarrer (et d'y contribuer)

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  2. Vraiment très intéréssant, ce concept. Je n'ai aucune idée de la viabilité économique de la chose, mais c'est tout de même intéréssant.
    Il présente l'énorme intérêt de s'attaquer à la problèmatique qui tue la presse depuis des années, celle de son indépendance. Car une presse réelement indépendante entraînera dans son sillage un renouveau du débat démocratique et politique dont nous avous désespérément besoin.

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  3. D'accord avec Damien et Matiu : l'initiative est très intéressante. Elle n'est d'ailleurs pas nouvelle : l'américain Jason kottke l'avait expérimentée jusqu'en février dernier (lire ici : http://www.kottke.org/06/02/oh-what-a-year). Pour résumer, il avait proposé aux lecteurs de son blog de devenir ses "micro-patrons". En l'espace de trois semaines, 1450 personnes avaient contribué à hauteur de 39.900 dollars soit à peu près l'équivalent d'une année de salaire.
    Pour autant, il ne soumettait pas sa production à ses "patrons", et restait le seul à décider du contenu. L'initiative a fonctionné parce que son site était déjà très lu et très apprécié. A noter qu'il n'a pas souhaité renouveler l'initiative, n'étant pas sûr que les contributeurs de la 1ere année souhaiteraient réinvestir l'année suivante (entre autres raisons).
    Comme le suggère Damien, il faut une base large (et même très très large) de donateurs. Surtout pour rémunérer plusieurs journalistes, car pour un seul ce serait mission impossible de répondre à la demande des internautes. En France, je verrais bien Agoravox fonctionner sur ce principe (ou mon blog, ouaf ;-))

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  4. @ Jeff Mignon : pour répondre à ta question sur le fait que le journalisme ne se vendrait plus. Il est vrai qu'avec la multiplication des medias et des sources d'info, les gens en ont un peu assez de voir partout les mêmes infos. Il y a encore peu de temps les editeurs pensaient qu'un changement de maquette ou de format suffisait à attirer le chaland. Or, ce qui intéresse fondamentalement les lecteurs c'est le contenu. Je crois que le succès des blogs (au moins en France) s'explique par la recherche d'infos "différentes", peut-être plus clairement engagées, plus corrosives à l'égard des pouvoirs et qui décrivent le dessous des cartes.
    C'est en quelque sorte le rejet d'un journalisme institutionnel ou de connivence que les lecteurs rejettent.
    A mon avis, les gens sont prêts à payer pour un journalisme "de qualité", c'est à dire indépendant et critique à l'égard de tous les pouvoirs.
    Cordialement

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