Jun 5, 2005

Le non à l'Europe de la France est-il un symbole du décalage entre le "pays réél" et la presse?

Suite à la victoire du Non au référendum sur la constitution européenne, les analyses ne manquent pas pour expliquer combien les électeurs Français et les hommes politiques sont en décalage. Le Monde hier parlait dans un article de divorce.

Mais quid de la presse française? Elle a été très majoritairement du côté du Oui. Cette victoire est-elle aussi un symbole du décalage grandissant entre les lecteurs et la presse française? Comme se le demandait, il y a quelques semaines, Serge Costa, un lecteur réagissant dans ce blog.

La presse n'est-elle plus représentative des communautés qu'elle informe ?

Et si en fait, le fond du problème, c'était, bien plus que les nouvelles technologies, ce "divorce" entre les préoccupations des lecteurs et celles des journalistes?

Je suis certain que c'est une question que l'on se pose à la Libération aujourd'hui et, sans doute, depuis longtemps. Mais j'aborderai le sujet Libé dans un autre post.
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Vous en dites quoi? Divorce ou pas? Symptomatique ou non?

3 comments:

  1. Mon cher Jeff, vous êtes incontestablement un spécialiste de l'industrie des médias. Surtout sur l'angle marketing et de la transformation pour aborder les nouveaux défis d'aujourd'hui et survivre économiquement. Fort bien.

    Mais je doute que vous soyez vraiment journaliste.

    Parce que le JOURNALISTE N'EST PAS LA POUR PLAIRE. Il n'est pas là pour DONNER AU LECTEUR CE QU'IL VEUT. Il est là pour INFORMER LE LECTEUR des enjeux, lui expliquer, bref pour l'éduquer.

    Bref, il doit ÉDUQUER. Et ne pas hésiter à aller à contre-courant.

    Pour prendre un exemple (poussé à l'extrême je l'avoue mais facile à comprendre), le devoir des journalistes allemands dans les années 30 consistait à dénoncer Hitler et faire voir les pièges du nazisme.

    Bien sûr, les courageux qui s'y seraient essayés(il y en a eu au début) risquaient l'emprisonnement, la torture, la mort. Comme beaucoup de journalistes dissidents aujourd'hui.

    Comment se fait-il que beaucoup applaudissent les dissidents (parmi lesquels bien des journalistes) chez le voisin, signent des pétitions, demandent leur libération, en font des martyrs, mais quand chez nous (ou en France) le peuple ne suit pas les médias, on pourfend les journalistes?

    Je ne suis pas Européen ni Français, mais le fait que les journalistes parisiens, dans l'immense majorité, ait appuyé la construction de l'Europe ne veut pas dire qu'ils sont coupés du peuple. Ou si on aime mieux, cela veut dire qu'ils ont échoué à l'éduquer (à les convaincre) mais pas qu'ils ont tort.

    Je rappelle (je le rappelle souvent mais les gens semblent avoir la couenne dure) qu'au Québec, à compter des années 1958, 1959, alors que l'Union nationale de Maurice Duplessis (le Salazar, le Franco, bref le petit chef fasciste québécois) était en poste, et fort populaire, ce sont les médias qui ont prëché pour qu'il soit remplacé.

    Et qu'à compter de 1960 ce sont les médias qui ont prëché pour la sécularisation d'un Québec alors théocratique sous la gouverne du clergé catholique et du cardinal Léger, ce sont les médias qui ont prêché pour la création d'un ministère de l'Éducation et pour l'éducation gratuite et accessible à tous au Québec (presque incrooyable pour un Français qu'au Québec cela ne date que de 1964), pour la nationalisation de l'électricité (1962) pour l'assurance-maladie et l'assurance-hosopitalisation puis l'assurance-automobile (arrivés dans les anées 1970).

    Les médias ont servi de locomotive au changement, ils ne l'ont pas suivi.

    Bien ¨sûr, vouis répondrez sans doute que vous ne posez que la question. Mais vous laissez planer le doute. Et vous insistez souvent (bien que trop souvent) sur la nécessité de suivre les goûts des lecteurs.

    Un journal n'a pas à plaire. (Pas plus bien sûr qu'à déplaire systématiquiement). Il n'a qu'à faire ce qu'il considère juste (ce qui devienit malheureusement de moins en moins vrai maintenant que les médias ne sont souvent que des machines à sous, destinés à enrichir des actionnaires diversifiés, pour qui la mission d'informer (et encore plus de former) n'est que secondaire.

    Moi, bien qu'ayant fait pendant 45 ans carrière à LA PRESSE de Montréal, j'adopte toutefois comme devise et ligne de conduite la devise d'un autre quotidien montréalais (donc d,un concurrent):

    BIEN FAIRE ET LAISSER BRAIRE.

    On finit par l'oublier dans une optique de vouloir plaire à tout prix.

    Et pendant que j'y suis, le devoir des journalistes awméricains c'est d'appuyer:

    * le libre choix des femmes (même là où les pro-vie sont majoritaires);

    * dénoncer la guerre en Irak (même là où George Bush et les faucons sont majoritaires);

    * se prononcer pour le contrôle des armes et l'interdiction pour les citoyens d'en posséder chez eux (comme c'est le cas au Canada et dans la plupart des pays civilisés), même dans les régions des USA où le droiot de se balader ou de garder à la maimson des armes à feu est considéré comme un droiot sacré, bref de s'opposer à la National Rifle Association.

    C'est ça du journalisme, Jeff. C'est pas de plaire à tout prix ou de faire la putain. Se tenir debout.

    Comme ce journaliste libanais assassiné ces jours-dernier. Lui, il cherchait pas à plaire. Mais bien sûr, il est mort.

    Pierre Vennat

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  2. Pierre,

    1- Je pose juste une question. Je ne donne pas mon avis sur cette question. Faire du journalisme c'est aussi poser des questions.

    2- Le journaliste n'est pas là pour plaire. Vous avez raison. D'ailleurs ce n'est pas ce que les lecteurs demandent.

    3- Le lecteur attend de la presse qu'on lui parle de choses qui le concerne. Qui touche sa communauté.

    4- Les lecteurs veulent avoir aussi le sentiment que les journalistes défendent la communauté face aux "puissants" et non pas qu'ils soient le porte-parole des puissants. C'est aussi en ce sens que je posais la question par rapport au référendum en France.

    5- Les journalistes sont-ils des hommes politiques? Doivent-ils expliquer les enjeux politiques ou doivent-ils donner leur opinion? Avec une presse favorable au Oui dans sa très grande majorité la question est: les journalistes ont-ils donné assez de place aux gens du Non? Je n'ai pas la réponse. Je la pose. Je n'y répond pas.

    6- A 5W Mignon-Media, nous avons une définition de ce qu'est une news, une information. Une news c'est ce qui affecte la vie d'un groupe d'individus. Quel que soit la taille de ce groupe. Donc, ce qui ne touche personne, n'est pas une news. On en discute?

    Jeff journaliste jusqu'à qu'il soit dégradé de ce titre par Pierre. :-)

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  3. Sur la question, je me demande à quel point ce décalage est si important. Si on parle des médias en nombre, évidemment, il y a un décalage. Si on parle des médias qui ont une crédibilité auprès de leur lecteurs, par contre, je ne suis pas certain que le décalage soit si important.

    J'ai travaillé sur la ratification de la Constitution européenne (rapport scolaire) avant le référendum, et beaucoup des arguments donnés par les partisans du Non reflètent l'opinion d'un mensuel, Le Monde diplomatique, qui, par l'intermédiaire de certains de ses journalistes/analystes, condamnait l'aspect néo-libéral de la Constitution.

    Or, si on regarde les résultats, le Non est venu des extrêmes, bien sûr (droite et gauche), mais surtout de la gauche. Et ceux qui se déclaraient contre reprenaient la plupart des arguments donnés par Le Monde diplomatique, qui est un mensuel assez respecé. Pour plusieurs raisons. Parce qu'il est indépendant. Et parce qu'il sert de l'analyse et de l'opinion (pas des chroniques d'humeur, mais de la vraie opinion). Je pense donc qu'on peut le classer parmi la liste des journaux de référence.

    Est-ce que le Web a aussi joué un rôle? Probablement.

    Mais ce qui m'intéresse, c'est pourquoi ce sont les arguments de ce journal qui sont restés dans la tête de plusieurs Français qui sont allés voter et pas ceux du Monde ou de quelque autre quotidien français. Question de crédibilité? Format du journal? Effet Ramonet?

    Remarquez, je peux aussi me tromper et ce peut n'être qu'une coïncidence, je peux avoir seulement parlé à des extra-terrestres et que les Français qui sont allés voter n'ont jamais lu Le Monde diplomatique.

    Voilà,

    Francis Plourde
    Étudiant

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