Nov 23, 2005

Peut-on sauver la presse nationale généraliste quotidienne payante en France… et ailleurs ?

La presse quotidienne nationale généraliste française et payante va mal. Très mal. La crise au quotidien Libération vient nous le rappeler. Perte de lectorat, baisse, stagnation ou trop faible augmentation des recettes publicitaires… pénétration d'internet et des nouvelles technologies, gratuité de l'information, les raisons sont multiples. Elles ont été largement expliquées sur ce blog et ailleurs. Les refontes de formules -- qui sont avant tout des changements de maquette -- des uns et des autres ne devraient -- hélas ! -- pas changer grand-chose à la donne. Libé est bien placé pour le savoir.

Mais Libé n'est pas un cas à part. Les autres grands quotidiens nationaux (et locaux) français souffrent également. Ne nous y trompons pas. La presse quotidienne nationale généraliste et payante a perdu ses avantages produits. Elle n'a pas vu le coup venir (ou, en tout cas, a fait semblant de ne pas le voir). Elle a snobé ses lecteurs trop longtemps sur le ton : "Nous, on sait de quoi le lecteur à besoin. On ne va pas faire du TF1" [sic]. J'ai entendu le refrain, cent fois… au moins.

Elle ne s'est jamais, non plus, préoccupée d'attirer à elle les jeunes lecteurs, voire les très jeunes lecteurs. La crise qu'elle traverse n'est donc une surprise pour personne… enfin, je pense.

Maintenant, reste la question de fond : Peut-on sauver la presse quotidienne généraliste payante ? Son modèle économique est-il encore viable ? Y a-t-il encore suffisamment de lecteurs potentiels ? Combien de temps les annonceurs vont-ils accepter des augmentations de CPM (coût par millier) alors que l'audience baisse ?

Quelles sont les réformes de fond que cette presse devrait globalement faire ? La séparation presse de droite, presse de gauche a-t-elle encore un sens ou faut-il trouver de nouvelles personnalités aux journaux ?

Y a-t-il encore un sens à assumer des coûts d'impression, de papier, de diffusion… alors que le public glisse peu à peu, rapidement, ainsi que la publicité, sur le net ? Pourquoi ne pas offrir la version imprimée qu'à ceux qui la veulent absolument ? Et pourquoi ne pas offrir aux autres une tablette PC pour lire le journal ? France-Télécom l'avait fait avec le Minitel, les opérateurs de téléphonie mobile le font avec les portables.

Y a-t-il encore un sens à proposer de l'info géné que l'on trouve partout gratuitement ? N'y a-t-il qu'une façon de faire du journalisme ou peut-on le réinventer ?

Qu'en dites-vous ? Que proposez-vous ? Quelles sont vos idées, lecteurs, publicitaires, marketeurs, journalistes, investisseurs… pour sauver la presse nationale généraliste payante ? Parlons-en. Partageons nos idées. Le journalisme en a besoin.


> Tags : media, quotidiens, newspapers, presse nationale, info géné

2 comments:

  1. C'est bien de journalisme qu'il est question.

    Les modèles économiques et les produits qui ont servi de support à cette activité sont en crise grave. Non seulement les journaux qui, en France, auront réellement du mal à survivre tant se délabre leur relation aux lecteurs (y compris via le réseau de distribution), mais bientôt les TV et radios, concurrencés par Internet en termes de temps d'attention.

    Le journalisme, lui, est une fonction appelée à perdurer, indépendamment du support. Car il satisfait un besoin: besoin de savoir ce qui se passe dans le monde, besoin de le comprendre dans des mots qui soient ceux du lecteur, auditeur, etc. Le journalisme pour progresser doit s'approprier la relation au lecteur. La massification des médias a dilué cette relation (elle reste forte seulement dans les titres qui ont su faire évoluer leur ligne éditoriale au rythme de la société, qu'il s'agisse de Ouest France ou The Economist). Il faut la réinventer à partir de la question suivante: quelle est la valeur que le journaliste peut apporter à une population de lecteurs?

    Sauver la presse nationale généraliste? Il s'agit surtout de régénérer le journalisme. Sur papier au quotidien, ou bien ailleurs. Online par exemple. Les références sont à inventer.

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  2. Jean-François Parent10:35 AM

    Encore faudrait-il admettre que la «presse quotidienne généraliste payante» (PQGP pour les intimes) éprouve des difficultés et ça, c'est pas demain la veille. Au-delà des jérémiades des nostalgiques de la «belle époque» ou des critiques parfois surréalistes des «alter-médialistes», ce n'est tout simplement pas un débat qui a cours ici. Peut-être parce qu'elle n,a pas besoin d'être sauvée? Je sais pas. Mais difficile d'avoir une certitude quand ça ne fait tout simplement pas partie des conversations.

    Récemment, Dan Turner organisait pour le Forum sur les politiques publiques une table ronde virtuelle sur l'état du journalisme canadien avec la crème des journalistes (MacIntosh, Hébert, Simpson, etc.) et le constat dressé est plutôt intimidant. Dans les faits, l'opinion, le vedettariat, la propriété croisée et l'apolitisme rendent nos médias inintéressants et, ma foi, plutôt obsolètes. Implicitement, les médias s'intéressent beaucoup trop à eux et pas assez à leurs publics (lack of usable information for the public, disait notamment Anthony Westell).

    Quand les quotidiens gratuits sont arrivés sur le marché montréalais, on a eu droit à un mépris corporatiste «c'est pas du journalisme, blablabla» et à une campagne de dénigrement comparable à celle que subit le Québec au Canada anglais. Il aura fallu presque deux ans pour accepter le principe du vase communiquant--ces quotidiens simples, voire même simplistes-- gonflent les rangs des consommateurs d'information auprès de qui la crédibilité et l'impact sont les mêmes que ceux de la PQGP. Aujourd'hui, Métro notamment concurrence férocement tous les grands médias qui réagissent à la pièce, sans vue d'ensemble, à part peut-être le Journal de Montréal et TQS qui semblent être les seuls à savoir où ils vont.

    Sans prétendre connaître les données ABC et PMB par coeur, on remarque que le marché stagne et que d'une façon générale, le pétage de bretelles que chaque média fait chaque trimestre consiste à se vanter d'avoir récupéré trois pelés et un tondu... jusqu'au prochain trimestre. Bref. Malgré les refontes de cahiers, les nouvelles presses, les 125 000 tentatives de refaire la maquette, le style ou les photos des journalistes, rien ne change vraiment dans l'esprit des lecteurs.

    Pourtant, certaines initiatives sont franchement géniales et on assiste à
    une explosion d'exclusifs (parfois douteux, mais bon) et on a l'impression que de plus en plus de journalistes ont du temps et de l'argent pour faire de la vraie bonne job.

    Alors, on peut se demander pourquoi il y a si peu de résultats probants
    auprès du public? À mon avis, c'est peut-être parce que l'on a pas encore vidé la question suivante: Quelle utilité a le public pour le média d'information? À lui conférer un pouvoir et une influence, ou à rentabiliser l'entreprise via les tarifs publicitaires?

    Enfin, à notre décharge, les Québécois--dont les journalistes--sont des analphabètes quand il est question d'analyse des médias. Normal; aux États-Unis par exemple, où le marché est 50 fois plus important, on ne compte plus les think tanks, groupes de recherche, organismes critiques, journalistes d'enquête, centre de litéracie des médias et autres foyer d'analyse qui se penchent exclusivement sur le rôle, l'impact et le modèle des médias. Au Québec, nous avons Florian Sauvageau à l'u. laval et Paul Cauchon dans le devoir. C'est peu.

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